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Tentatives
de définitions
Jusqu’au
XVIII e siècle, l’art est une capacité, une aptitude
à faire certaines choses, c’est l’ensemble des moyens
mis en œuvre pour aboutir à une certaine fin (l’art
de la guerre). L’artiste, c’est l’artisan.
Selon une définition du Robert des années 70, c’est
celui ou celle qui se voue à l’expression du beau (beaux-arts)
!
Ce qui apparaît lorsque l’on regarde la production artistique
du 20e siècle ce n’est pas spontanément une impression
de beau. Il est difficile de qualifié de belles la plupart des
œuvres contemporaines. Il est indéniable que beaucoup de ces
oeuvres réalisent quelque chose d’harmonieux par le travail
sur les formes, les rythmes, les lignes, les couleurs, qu’accomplit
l’artiste. Mais devant Guernica, pour ne prendre que cet exemple,
on ne peut pas vraiment s’exclamer « c’est beau ! ».
Une définition plus complète est proposée dans l’édition
récente du petit Robert : « l’art c’est la création
d’objet ou de mise en scène spécifiquement destinée
à produire chez l’homme un état de sensibilité
et d’éveil plus ou moins lié au plaisir esthétique
». 30 ans ont passés depuis la première définition
!
Mais à y regarder de plus près, ce n’est pas encore
tout à fait satisfaisant parce que cette définition place
la notion d’esthétique plutôt comme moyen que comme
résultante.
Bien sur, l’aspect esthétique d’une œuvre a son
importance au moment du premier contact entre le regard du public et elle.
Cet aspect suscite l’adhésion ou le rejet.
C’est particulièrement vrai avec la bande dessinée.
Un album peut être sur le champ rejeté par la lecture instantanée
que permet la vision des premières cases, tandis que l’ouvrage
de littérature demande un effort d’immersion puisque la lecture
des phrases est moins instantanée que celle d’un dessin.
Si l’artiste rend sensible (il donne à ressentir autant qu’il
affine la sensibilité) c’est, pour moi, cette sensibilisation
qui à terme génère le sentiment de beau.
Beau ou belle est le qualificatif qui désigne l’objet, la
chose (des lignes, des formes, des matières, une situation, un
événement) qui stimule en nous un jeu d’émotions
puissamment ressentit, complexes, et dont on peut se délecter.
Cela, même si ce jeu réunit un ensemble d’éléments
porteurs de plus ou moins de douleur, dans la limite du supportable bien
entendu.
Exemple ce petit cliché: la jeune fille pleure, des larmes chaudes
coulent sur ses joues, c’est triste mais c’est beau.
Devant bien des œuvres situées en dehors de l’académisme,
de tout temps, la réaction du public a été de s’exclamer
« quelle horreur ! ».Mais on a souvent constaté que
ce qui est une horreur un temps devient beau un autre temps (et vice-versa).
Entre en compte les codes esthétiques du moment l’évolution
des sensibilités, des mœurs, et de façon assez essentiel
le principe d’initiation du regard.
L’artiste doit être dans la maîtrise de son art (c’est
sûrement ce que demande l’académisme), il possède
un savoir faire (lien avec la définition ancienne), mais je crois
qu’il faut que quelque chose échappe à cet artiste
à un moment donné, qu’il se mette en danger, ou soit
mis en danger, qu’il mette en danger son art pour toucher à
quelque chose d’essentiel.
Les formes s’épuisent à l’usage.
Sans doute alors, l’artiste a besoin d’être novateur,
a besoin, volontairement ou non, de trouver, d’utiliser des formes
neuves, fragiles, d’être dans cette tension de la fragilité.
On peut déjà parler ici d’une sorte d’engagement.
C’est cet engagement qui me touche le plus.
Le phénomène
actuel est presque inverse : il faut à tout pris que l’artiste
soit dans la novation avant même que les formes « nouvelles
» aient le temps d’être épuisées. Faut-il
y voir là que les formes et leur épuisement sont soumis,
comme beaucoup de choses, à l’accélération
du temps.
L’artiste est d’abord un individu.
Il est au monde et il s’en débrouille.
Il semble être souvent dans un désir parfois pathétique
de communication et une recherche frénétique de reconnaissance
: il cherche sa place comme tout le monde dans la communauté des
êtres humains. Ce qui le pousse paradoxalement (en apparence) à
prendre quelque fois le contre-pied de la séduction. L’artiste
provocateur, qui suscite le rejet d’un grand nombre, adopte ainsi
la posture (involontaire) de l’enfant maltraité qui ne se
sent plus exister que lorsqu’il se prend une claque : pourvu qu’on
s’occupe de lui !
On qualifie parfois l’artiste de visionnaire, j’en reparlerai,
car c’est cet artiste qui m’intéresse ici. Mais il
faut être prudent avec le mot visionnaire. En faire usage est souvent
un anachronisme dans le sens ou l’artiste fait assez peu une œuvre
divinatoire en tant que tel. C’est par une certaine sensibilité
au monde qu’il modèle des formes qui, parfois, entrent en
résonance avec la perception du public longtemps après leur
création, et parfois jamais.
L’artiste
d’aujourd’hui est associé à l’idée
de créateur. Les deux termes s’utilisent presque indifféremment.
L’artiste crée c’est sur, mais il est loin d’être
le seul. Et je pense même, qu’il n’est pas parmi les
premiers à créer. Si l’artiste fût un temps
un inventeur (ex : Léonard de Vinci), il y a bien longtemps qu’il
profite plus des novations techniques qu’il ne les créé.
Une
dernière remarque ; est art, est oeuvre d’art, ce que l’on
a désigné comme tel.
Dans ce sens, et depuis « la fontaine » le fameux ready-made
de Marcel Duchamp, tout peut faire œuvre d’art.
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Le
statut de l'art et de l'artiste dans nos sociétés contemporaines
Tout d’abord,
de quelle société parle t’on ? Une société
industrialisée, occidentale, post moderne, une société
de pays émergeant, une société démocratique,
une société obscurantiste?...
L’incidence est évidemment loin d’être la même.
Pour ce qui concerne notre société occidentale; industrialisée,
démocratique,
il y a visiblement un phénomène de survalorisation de l’artiste
(principalement l’artiste médiatique), surreprésentation,
surexposition, surconsommation, et pour finir engorgement.
Nous sommes immergé dans un monde de l’image et du bruit
(les paroles et les musiques que l’on reçoit de force un
peu partout, fait bruit) tout puissants. Ce monde est saturé. On
peut dire que c’est la forêt qui cache l’arbre.
Etre artiste est un projet d’avenir pour beaucoup de jeunes. Les
métiers artistiques se trouvent dans les premiers choix rêvés
d’orientation. Et on peut prendre le succès de la «
Starac » comme un signe.
D’un autre coté, le fait d’être artiste et surtout
artiste « contemporain » semble projeter d’emblé
celui-ci au cœur des problématiques les plus urgentes, selon
l’urgence du moment, de notre société. Le mot artiste
est presque synonyme d’engagement. Les artistes pourraient-ils être
les nouveaux philosophes ?
Si l’artiste
s’engage c’est d’abord pour lui-même.
On peut regarder l’artiste comme modèle du libéralisme.
L’artiste est le premier travailleur libéral.
Il concentre toutes les qualités rêvées du libéralisme
; course à l’innovation, volonté d’être
en avant, indépendance, réalisation de soi, flexibilité,
capacité de mouvement, prise de risques, multi-activité,
concurrence (sauvage), spéculation des talents et des oeuvres,
et sûrement bien d’autres choses encore (Je renvoie au livre
de Pierre-Michel Manger. Portrait de l’artiste en travailleur, au
Seuil).
Sa possible vision critique de la société, sa contestation,
son anticonformisme supposé qui pouvait passer pour, jadis, un
signe d’appartenance au monde singulier des artistes incompris de
leur temps, tiennent moins la route maintenant. La figure archétypale
de l’artiste maudit, de nos jours, c’est plutôt quelqu’un
qui a loupé son plan de carrière, soit par incompétence,
soit par inclination personnel à l’échec.
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Les
engagements de l'artiste
L’engagement
de L’artiste se traduit il me semble d’abord par son engagement
en tant qu’individu.
Je parle de l’engagement dans un acte, une action, social, politique,
et aussi d’ordre privé, espace premier d’engagement
dirais-je.
L’engagement signifie le positionnement, le positionnement la prise
de risque. On imagine bien que la prise de risque pour un artiste n’a
pas les mêmes conséquences selon l’endroit du monde
où il vit.
L’artiste qui s’engage met au service de son engagement l’outil
qu’il possède ; l’art.
Il y a de véritables artistes engagés, autrement appelés
militants, qui font une œuvre qui dépasse les limites de leur
engagement (ex : Diego Rivera, Frida Kahlo). Mais une œuvre qui n’est
que militante, ou qui n’est que le signe ou l’outil d’un
engagement est rarement un chef d’œuvre.
Lorsque Picasso
peint Guernica on peut réfléchir sur ce qu’il engage.
Picasso est-il un individu engagé ? Excepté dans son art
pour moi pas vraiment.
Il l’est moins que Malraux ou Orwell qui ont rejoins les combattants
républicain de la guerre d’Espagne. Ce n’est pas une
critique de ma part.
Replaçons la genèse de Guernica dans son contexte.
Le 26 avril 1937 le village de Guernica est bombardé par l’aviation
Nazi. Picasso est alors en train de travailler sur une commande des républicains
espagnols pour l’exposition universelle de Paris.
Il semble en panne d’inspiration et ne parvient pas à honorer
la commande. A peine apprend-il le bombardement qui l’horrifie qu’il
produit les premières esquisses de ce qui deviendra bientôt
le tableau emblématique des horreurs de la guerre. Je crois bien,
sans cynisme, que ce bombardement est tombé à pic et a délivré
Picasso de sa panne. Mais plus profondément, on peut faire un rapprochement,
un lien entre le bombardement de Guernica et le bombardement cubiste effectué
quelques années auparavant par Picasso. Le fond et la forme se
rejoignent ici. Picasso saisit l’événement et le fait
participé en quelque sorte à la construction de son œuvre.
Picasso fait de Guernica-l’événement Guernica-l’œuvre-de-Picasso.
Ce qui n’enlève rien à l’affectation et la révolte
qui ont certainement été ses sentiments les plus vifs et
qui ont participés de toute évidence à la force de
l’œuvre. Mais je ne dirais pas de cette œuvre qu’elle
est engagée. En revanche elle a été depuis le support
d’innombrables interprétations symboliques, emblématiques,
prophétiques, visionnaires, voir ésotériques. On
peut s’interroger sur la vie d’une œuvre par delà
la volonté de l’artiste et faire le constat qu’elle
lui échappe.
L’artiste
est régulièrement convoqué pour commenter l’actualité
et aussi pour prendre
part à des démarches politiques « citoyennes »
(exemple récent: le soutient de Jamel Debbouze, dans la campagne
pour l’inscription des jeunes des banlieues sur les listes électorales).
Mais que demande t’on à cet artiste sinon d’apporter
la caution de sa grande notoriété ? En tout cas pas grand-chose
d’artistique (bien que dans le cas présent, l’art de
Jamel Debbouze étant l’humour verbal, il peut le mettre en
pratique à l’occasion d’interview).
Mais la plupart du temps les artistes interrogés sur un sujet d’actualité
donne rarement un avis expert, et surtout ne font pas parler leur art.
Ils donnent leur point de vue d’individu, qui peut être très
pertinent, mais c’est tout. Seul semble justifier leur sollicitation,
le crédit apporté à leur parole, des raisons un peu
douteuses comme une origine particulière, un type de peau, ou un
passé militant.
Les artistes
se trouvent aussi de plus en plus souvent invités à intervenir
dans des actions sociales ponctuelles.
Ils animent des ateliers d’écritures dans les prisons, des
ateliers dessins dans des hôpitaux psychiatriques, des ateliers
théâtre dans les cités, etc. L’artiste et son
art (là au moins c’est vraiment le cas) sont appelés
à soulager un moment les individus en souffrance, les maux de notre
société. L’artiste vient remplacer pour un temps l’acteur
social institutionnel, nettement moins sexy, usé par la tâche
quotidienne, parfois méprisé.
S’agit-il là d’un engagement ? On pense à l’idée
d’un bizness possible qui renvoie à l’image libérale
de l’artiste évoqué plus haut.
Mais malgré cela, il se produit dans ces rencontres, quelque chose
d’important. L’art, la pratique de l’art, qui est perçu,
pour beaucoup, comme un don, a une fonction particulière, assez
essentielle, qui est peut-être le point qui rassemble beaucoup des
choses qui ont été abordées jusqu’ici.
C’est sa fonction humanisante.
Parmi les grandes différences entre l’animal et l’être
humain une nous concerne directement : l’animal ne connaît
pas l’art. Il sait faire sans. Est-ce pour cela que quelqu’un
a dit «l’art est la preuve que la vie ne suffit pas».
Ce quelqu’un aurait pu préciser «aux humains».
Et j’ajouterais: l’art est la preuve que les mots ne suffisent
pas.
Bref l’art est un des signes majeurs du caractère humain
du mammifère que nous sommes.
Cette fonction humanisante de l’art explique pourquoi la pratique
d’un art rend à certaines personnes aliénées
de la société où au contraire entravées par
des liens particuliers avec elle, leur part d’humanité.

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Ce qui engage l'artiste
La
fonction humanisante de l’art explique aussi pourquoi ce n’est
pas tant l’engagement
d’un artiste pour telle cause dans tel pays qui est un risque pour
lui (ce que je ne nie pas), mais simplement le fait qu’il est un
artiste.
C’est l’artiste en tant que tel qui est nuisible et dangereux
pour le dictateur.
Le dictateur dont le métier est de déshumaniser le monde.
Certes Hitler a peint un temps … Personne n’est parfait.
Et certes, il est arrivé au dictateur de manipuler l’artiste,
d’en faire usage et à l’artiste de servir le dictateur.
Le meilleur moyen de neutraliser l’ennemi n’est-il pas de
l’attirer dans ses rangs?
L’artiste est en demande de reconnaissance, l’art délivre
un potentiel de séduction et de stimulation, un pouvoir d’énergie
et d’exaltation, qui n’échappe pas au dictateur. Alors,
tout est possible.
Il y a de mauvais engagements autant que de bons.
Mais il y a un autre facteur qui rend fondamentalement l’artiste
insupportable au dictateur, c’est que l’artiste exerce, chemine
dans un lieu, un monde, parallèle. C’est de là qu’il
nous parle.
Quand, pour qualifier l’artiste, on utilise un mot comme visionnaire,
c’est qu’il se passe quelque chose quelque part.
Ce « quelque part » relève de l’immaîtrisable,
donc se trouve être épouvantable pour l’esprit totalitaire.
Là
où l’artiste peut profondément agir, et là
où je considère que se déploie l’essentiel
de son action d’artiste, c’est dans ce monde parallèle
qui est le lieu d’une relation particulière entre lui et
les autres.
Cet espace de rencontre où, s’il doit se passer quelque chose,
cela se passe, de façon certaine, en dehors de la conscience. C’est
pour cela qu’il est probable que la sensibilisation, le bouleversement,
qui peut se produire chez celui qui entre en contact avec une œuvre
d’art se joue à la marge, et finalement rarement dans l’instant.
Dans bien des cas, ce qui sera le résultat de cette rencontre (réussie)
prendra effet longtemps après, sans qu’aucun lien ne puisse
même être fait à ce moment.
L’objet artistique est une surface réfléchissante.
Mais réfléchissante dans l’inconscient.
L’œuvre d’art est l’expression de l’intuition
de l’artiste, cette forme supérieur de la pensée.
Une pensée du subconscient. Et sans doute fait-elle appel aussi
à l’intuition du contemplateur.
Quand la conscience est capable de gérer un grand nombre d’information
à la fois, mais cependant limité, il me semble que le subconscient,
lui, est capable de saisir l’ensemble des informations captées
à la fois. C’est là le lieu d’une plus juste
« compréhension » possible (les erreurs existe malgré
tout) de la réalité sensible d’une manière
quasi instantanée.
Les mots ne suffisent pas à tout dire. L’artiste donne à
sentir plus qu’à comprendre.
Il sonde, l’âme des êtres, l’âme des choses.
Et dans cette relation, si chacun des acteurs est actif l’artiste
est le passeur.
On interroge la géographie, on interroge l’histoire, on interroge
le ciel…
L’artiste, lui, interroge la matière. Ainsi nous parle t’il
du monde.
Il témoigne du monde, il fait usage du monde. Il fait monde.
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Travail d'un auteur peu engagé
sur un sujet d'engagement
Lorsque
l’on m’a sollicité pour participer au projet «
Birmanie la peur est une habitude »,
J’ai été plutôt réticent. On me demandait
de faire une bande dessinée qui accompagnerait le témoignage
d’un soldat déserteur Birman dans un livre qui mêlerait
de l’information, des témoignages et des bandes dessinées.
Je ne connaissais rien à la situation de ce pays.
Je me demandais ce que pourrait apporter la bande dessinée,
ce qui pourrait faire bande dessinée.
Il me fallait me documenter sérieusement, et surtout, digérer
une grande somme d’informations dans un temps assez bref. Informations
troublantes, bouleversantes, révoltantes. Travail délicat
quand on veut restituer les choses avec justesse, et de façon incarnée
sans que cela fasse artificiel.
J’aurais préféré parler des femmes dans un
pays Bouddhiste. Je devais parler d’un soldat.
Mais parler de soldat c’est parler de presque tout, donc, des femmes.
C’est aborder des choses universelles.
Parler d’un soldat maltraité, violeur, déserteur,
qui va rejoindre sa victime, pour l’épouser, c’est
raconter une histoire ambiguë, paradoxale, qui peut arriver en Birmanie.
C’est peut-être, aussi, créer un genre de mythe qui
porte un espoir, comme il s’en créé partout dans le
monde. Un genre de conte. Une manière de chant ou de chanson.
Un soldat qui court, c’est déjà une narration qui
court, qui se déroule, et qui structure un récit.
Voilà qui pouvait faire bande dessinée. Mon genre de bande
dessinée, à la structure hybride, faite de juxtaposition
d’image, de bribes de texte, de doubles sens.
J’ai donc prit la matière qui m’était donnée,
et je l’ai travaillée pour en faire une histoire,
un jeu de séquences ; une bande dessinée.
J’ai eu le souci de ne rien rajouter à la violence de la
situation. Et j’ai profité de tout, comme par exemple, les
idéogrammes birmans, qui sont par leur douce rondeur, leur aspect
« féminin », à l’opposé de ce qu’il
peuvent dire, telle cette phrase de propagande qui se trouve sur la première
page de ma bande dessinée: « une armée forte pour
un pays fort ».
J’ai voulu montrer le viol d’une femme, j’ai voulu aussi
questionner la bande dessinée sur la représentation de ce
viol donc du regard possible ou impossible que l’on peut porter
sur lui et le corps de la femme. La séquence dessinée est
une tentative de réponse.
J’ai donc fait d’une situation politique une œuvre artistique.
Cette œuvre témoigne t’elle ? Cette œuvre est-elle
engagée ?...
Elle restitue d’abord mes sensations mes choix plastiques et je
le souhaite, donne à ressentir.
L’ambition
de cet ouvrage était de diffuser une info auprès d’un
large public par le biais de la bande dessinée art populaire. Il
se trouve que, les fois où j’ai été invité
à participer à des débats autour du livre, la forme
artistique utilisée à été très peu
mise en question voir pas du tout. La seule fois où les bandes
dessinées de ce livre ont été discutées, ça
a été pour mettre en doute leur efficacité auprès
du lecteur du fait de leur « style » peu « classique
».
Voilà qui est éclairant sur la prise en considération
du rôle de l’art dans quelque chose qui ressemble à
de l’engagement
« La
statue nègre n’est pas le dieu, elle est la prière.»
écrit Chris Marker pour « les statues meurent aussi »,
court métrage d’Alain Renais.
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Sylvain
Victor, 25 janvier 2006 |
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