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ASSOCIATION
SOUDAN SOLIDARITE |
Le
Soudan et le pétrole: |
22
septembre 2003 |
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entre guerre et paix |
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En 1976, Chevron découvre du gaz sur la mer Rouge et, surtout, deux ans plus tard, de très importants gisements autour de Bentiu et Heglig, <<plus importants que ceux d'Arabie Saoudite>>, écrivait alors un journal libanais. D'autres découvertes suivront dans les années 80 et les compagnies pétrolières se multiplient: Agip (Italie), China National Petroleum Corp, Elf (France), Gulf Petroleum Corporation (Suède), Mobil, National Iranian Gas Company, OMV (Autriche), Petronas (Malaisie), Shell (Hollande), Talisman (Canada), Total (France et Belgique). |
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Malheureusement, ce sont ces découvertes qui raniment le conflit latent entre le nord et le sud Soudan et dont la trêve a duré une dizaine d'années (1972-1983): en effet, pour rattacher au nord les états pétrolifères, le président Nimeiri, qui a pris le pouvoir en 1969, entreprend un re-découpage du sud Soudan, évidemment rejeté par les populations qui se voient frustrées de leur ressources; dans le même temps, il se sépare des deux vice-présidents sudistes, Abel Alier et Joseph Lago, qui dirigeaient le sud Soudan. En avril 1983, des militaires sudistes se mutinent et créent l'Armée de Libération du sud Soudan (SPLA), sous le commandement du colonel John Garang: la deuxième guerre civile du Soudan commence. De plus, en septembre de la même année, Nimeiri introduit la sharia, droit musulman, qui s'applique à l'ensemble du pays. Pour diviser les gens du sud, il suscite des milices ethniques qui secondent l'armée gouvernementale pour combattre les rebelles. Bien sûr, les cibles privilégiées de la SPLA sont les sites d'exploration pétrolière. En 1984, trois cadres expatriés de Chevron sont enlevés et exécutés par la SPLA: la société suspend ses activités. Quatre ans plus tard, elle reprend un programme de recherche de six ans, mais, en fait, elle cède rapidement sa concession à une société chinoise et quitte le pays. La SPLA oblige la société française qui construit le canal de junglei, vaste projet de régularisation du Nil blanc, à arrêter ses travaux. En 1985 , le président Nimeiri est renversé par l'armée après des grèves et de puissantes manifestations populaires. A la suite d'élections législatives en 1986, Sadiq al-Mahdi devient premier ministre. En 1989, des pourparlers de paix avec la SPLA sont sur le point d'aboutir, visant en particulier l'abolition de la sharia et une meilleure répartition des richesses du pays entre le sud et le nord, quand un nouveau coup d'état mené par le lieutenant général al-Bashir et Hassan al-Turabi, du Front National Islamique, renverse le premier ministre. Devenu président, Omar al-Bashir est toujours au pouvoir, mais il a écarté son second, en résidence surveillée depuis quatre ans. Il vient de reconnaître récemment que la cause du coup d'état était l'abolition de la sharia prévue par les accords de paix. Pendant 20 ans, la SPLA harcèle systématiquement les sites stratégiques: zones de recherche, puis, ultérieurement, itinéraire du pipe line construit pour acheminer le pétrole du sud SOudan à la mer Rouge. En réponse, surtout depuis l'ouverture du pipe line, l'armée gouvernementale, secondée par les milices, pratique une politique de terre brûlée sur des centaines de kilomètres pour sécuriser les sites de production: les villages sont bombardés, brûlés, rasés, les récoltes pillées, les troupeaux décimés, les populations chassées ou tuées, les femmes violées et/ou enlevées comme esclaves, les enfants enrôlés de force dans l'armée... Les ressources pétrolières, évaluées en 2001 à 1 million de dollars par jour, sont presque intégralement dépensées dans l'effort de guerre contre la SPLA dont l'intensité s'est encore accrue. Même montant que l'aide humanitaire internationale... Cette recrudescence de la guerre à cause du pétrole a donné naissance à une coalition de plus de 70 ONG européennes, ECOS (European Coalition on Oil in Sudan), dont le Secours est membre depuis sa création. En juillet 2002, à Machakos au Kenya, à l'initiative et sous la pression des américains, des pourparlers de paix entre le gouvernement etla sPLA aboutissent à un premier accord sur deux points capitaux: l'acceptation par le gouvernement d'un referendum d'autodétermination pour les populations du sud après une période de transition de six ans; une séparation de la religion et de l'état. Depuis cette date, sept sessions de négociations ont eu lieu et se poursuivent encore avec des succès divers, qui font passer les populations qui n'aspirent qu'à la paix par des moments d'espoir alternés avec des périodes de découragement. Les discussions achoppent sur des points délicats: le partage du pouvoir, la répartition des ressources, la sécurité, la gestion de trois régions intermédiaires entre le nord et le sud, actuellement sous contrôle de la SPLA. De plus, une nouvelle guerre civile a pris naissance dans le Darfur, à l'ouest du Soudan, exactement pour les mêmes raisons qu'au sud: à savoir, le mépris, le manque de considération, l'exploitation des populations négro-africaines par celles du nord, sous-couvert de culture islamique. En marge de ces pourparlers de paix , à l'initiative des conseils oecuméniques des églises (SCC/NSCC), du nord et du sud, la société civile a joué un rôle important en organisant trois rencontres à Entebbe en Ouganda. Les Eglises représentent les seules structures civiles vraiment organisées au sud Soudan. Au nord, leur position est beaucoup plus délicate, voire précaire, d'autant que les droits de l'homme sont encore loin d'être respectés. |
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Au ban de la communauté internationale depuis les années 80 pour ses violations des droits de l'homme et fichée sur la liste des états terroristes par le Etats Unis, - Ben Laden et Carlos ont été les hôtes du Soudan pendant plusieurs années - le gouvernement soudanais s'est empressé de condamner les attentats du 11 septembre 2001. Intéressés par le pétrole, les américains se sont fortement engagés dans le processus de paix avec l'appui de la Grande Bretagne et de la Suède. Les sanctions des Nations Unies et de la Communauté Européenne ont été levées. Peu à peu, le Soudan reprend sa place dans le concert des nations. En plus de tous les soudanais, ceux qui s'intéressent à ce pays souhaitent vivement l'aboutissement des négociations de paix qui soulageront une population accablée par près de 50 ans d'une guerre qui a fait plus de 2 millions de morts et plus de 4 millions de personnes déplacées dans le pays, et pas loin d'1 million de réfugiés à l'étranger. Toutefois, la signature d'un accord de paix ne sera que le début d'un autre long processus pour que celle-ci devienne réelle: outre la sécurité qu'il faudra assurer par un contrôle du cessez le feu, le retour des déplacés et des réfugiés qui voudront rentret chez eux, la réconciliation qu'il faudra conduire pour ne pas tomber dans un cycle de vengeances, le sud aura besoin d'un puissant appui institutionnel pour organiser la gestion des fonds importants qui seront mis à la disposition du pays? pendant longtemps encore, l'appui de la communauté internationale sera nécessaire pour garantir et promouvoir la paix. |
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