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Dossier DEVELOPPEMENT DURABLE Philippe Leconte |
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I Approche du concept. Développement durable : mode de développement
préconisé par la CNUED (conférence des nations Unies sur l’environnement
et le développement) et la banque mondiale, puis repris lors du sommet
de la terre de RIO, afin de concilier l’amélioration du niveau de vie
et le réservation des équilibres écologiques. Le concept de développement
durable apparaît pour la première fois en 1987 dans le rapport Brundtland
« notre avenir à tous » publié à l’initiative de l’ONU. Il est
défini comme un « développement ou évoluent parallèlement systèmes
économiques et biosphère de façon à ce que la production issue du premier
assure la reproduction du second ». L’objectif est de maintenir pour les générations
futures une certaine qualité de l’environnement (préservation des ressources)
et des conditions d’existence propices à la survie de l’espèce humaine
sans pour autant hypothéquer celles des générations actuelles. Alors que la notion de développement humain
fait référence à l’amélioration globale du bien être et est mesurée à
partir d’indicateurs tels que revenu par tête, espérance de vie, alphabétisation,
celle de développement durable fait référence à la nécessité de rendre
compatibles croissance économique et reproduction du milieu naturel. Défini par
l'O.N.U. comme : "la capacité des générations présentes à satisfaire
leurs besoins en permettant aux générations futures de satisfaire leurs
propres besoins", le Développement Durable est trop souvent réduit
à sa seule dimension écologique : il s'agit pourtant d'une approche
globale qui postule qu'un développement à long terme n'est viable qu'en
conciliant trois aspects indissociables :
Concrètement,
le Développement Durable pose la nécessité de maintenir ou d'améliorer
la qualité de l'environnement naturel, d'assurer la pérennité des ressources,
de réduire les différences de niveau de vie des populations dans le monde,
de favoriser l'autosuffisance des communautés, et de permettre le transfert
des connaissances ou des richesses (y compris les richesses naturelles)
d'une génération à l'autre. |
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II- Quels indicateurs pour rendre compte du développement
durable ? Le
concept étant large, il convient de dépasser le PIB mais aussi d’utiliser
des outils qui rendent compte du développement.
A-
Limites des mesures quantitatives traditionnelles . La mesure quantitative. Pour établir des comparaisons internationales,
on est souvent tenté de réduire la mesure du développement à celle de
la croissance économique. Celle-ci ne rend compte que de l’évolution
d’indicateurs quantitatifs de la richesse économique d’une nation, le
produit intérieur brut (PIB) et le produit national brut (PNB). Or,
si l’évolution de ces agrégats constitue un bon indice du développement
des activités économiques d’un pays, elle ne dit rien de la composition
et de la distribution du revenu entre les différents groupes sociaux.
La croissance économique ne donne pas non plus d’indication quant à
la richesse humaine d’un pays, c’est-à-dire la qualité de l’alimentation,
des services de santé, du système scolaire et universitaire, des conditions
de sécurité, etc. Muets sur les aspects culturels et sociaux, les indicateurs
économiques traditionnels ne prennent pas davantage en compte l’état
de l’environnement. Pourtant, un revenu national en forte croissance
peut masquer une consommation effrénée des ressources naturelles et
une exploitation humaine insupportable (travail des enfants, par exemple).
Les bons résultats du taux de croissance occultent alors le danger d’épuisement
des ressources naturelles à court ou moyen terme et le risque que la
faiblesse des investissements en "capital humain" menace l’activité
économique.
B-
Du PIB au PIB vert. Principe du PIB vert. Cette approche strictement macro-économique
de la comptabilité environnementale a pour objectif d’aménager le SCN
en y intégrant plusieurs données : le coût des dommages écologiques
et de la diminution des stocks de ressources naturelles, les dépenses
de gestion de l’environnement, la valeur des services environnementaux.
Ainsi, en traitant les ressources naturelles, leur consommation, leur
dégradation et leur reconstitution comme autant de consommations intermédiaires,
on peut diminuer le montant de la valeur ajoutée par production et,
in fine, calculer un PIB corrigé des atteintes à l’environnement, appelé
PIB vert. Critiques. L’ajustement du SCN et le calcul
d’un PIB vert présentent certaines lacunes dues avant tout aux caractéristiques
intrinsèques de l’environnement, bien essentiellement non marchand.
Les problèmes méthodologiques pratiques permettant d’intégrer l’environnement
dans le SCN n’ont, à ce jour, pas été résolus :
En conséquence, la plupart des gouvernements
élaborant une comptabilité environnementale estiment dangereux de rompre
la cohérence d’un SCN bien établi sans garantie de résultats fiables
et significatifs. Si bien qu’en l’état actuel des connaissances, le
PIB vert semble... incalculable. C- Les critères de développement : rappel. IDH : Indicateur synthétique du développement,
l’IDH comporte trois éléments pour lesquels des valeurs maximales
et minimales ont été fixées :
Deux
pays enregistrant un revenu par habitant identique peuvent afficher
un IDH très différent. Par ailleurs, des pays avec des IDH très proches
peuvent présenter des niveaux de revenu par habitant très dissemblables
(Côte d’Ivoire : PNB par habitant 710 dollars, IDH = 0,422 ;
Sri Lanka : PNB par habitant : 800 dollars, IDH = 0,721).
Sur les 174 pays considérés, 92 obtiennent un meilleur classement selon
l’IDH que selon le PIB par habitant (en PPA). Cependant, 77 pays se
classent moins bien selon l’IDH que selon le PIB par habitant (en PPA).
Ces pays réussissent moins bien à convertir leur prospérité économique
en amélioration des conditions de vie de leur population ". L'IDH
contesté Etant
donné que pour chacune des dimensions envisagées (longévité, accès aux
ressources, niveau d'éducation) on calcule une distance relative dont
la valeur se situe entre 0 et 1, il semblerait que l'IDH soit une mesure
normative. S'il en était ainsi, une valeur de l'IDH égale à 1 correspondrait
au bonheur parfait. En réalité, il ne peut y avoir de limite et l'IDH
doit être envisagé comme une mesure des aptitudes humaines à vivre longtemps
et en bonne santé, à communiquer et à participer à la vie de la communauté,
et à disposer de ressources suffisantes pour s'assurer une vie convenable.
En fait, l’IDH est un indicateur relatif. Les
questions principales posées aux concepteurs de l’IDH sont les suivantes
: Pourquoi retenir trois dimensions seulement?Les variables choisies
pour mesurer les dimensions sont-elles pertinentes? et pour chaque dimension,
les variables associées sont-elles trop ou pas assez nombreuses?Les
mesures effectuées sont-elles sujettes aux erreurs d’estimation, et
dans l’affirmative ces erreurs faussent-elles les résultats obtenus?Le
choix du minimum et du maximum est-il justifié ou bien arbitraire? Quelle
est la sensibilité des indicateurs à des choix différents concernant
les maxima et les minima? Pourquoi retenir une pondération égale pour
chaque élément? Quelle est la sensibilité du résultat aux variations
de pondération? La mesure des disparités sociologiques
entre les sexes Depuis
1995, le PNUD s’intéresse à l’égalité des sexes et la participation
des femmes à travers deux indicateurs. -
L’indicateur sexospécifique de développement humain (ISDH) : L’ISDH
part de l’IDH, mais tient compte des inégalités sociologiques entre
les sexes. Plus les écarts touchant les domaines couverts par l’IDH
sont importants, plus l’ISDH du pays considéré est faible par rapport
à son IDH. En fait, l’ISDH est tout simplement un IDH corrigé en fonction
des inégalités entre les sexes. Dans son rapport de 1999, le PNUD a
calculé l’ISDH pour 143 pays. Il apparaît que, dans tous les cas, l’ISDH
se révèle inférieur à l’IDH, traduisant le fait " qu’aucun
pays ne traite les femmes aussi bien que les hommes ". . L’indicateur de participation des femmes (IPF) :
Cet indicateur mesure la participation des femmes à la vie économique
et professionnelle et aux prises de décisions politiques. " Il
se concentre sur la participation et mesure les inégalités sociologiques
entre les sexes en termes de représentation et de pouvoir de décision
dans certains domaines clef de la sphère économique et politique ".
Il tient compte de la part respective des femmes et des hommes en termes
de sièges parlementaires, de fonctions administratives et d’encadrement,
de professions libérales et techniques, ainsi que leurs part respective
des revenus du travail. Les valeurs de l’indicateur s’échelonnent de
0 à 1, le niveau le plus élevé traduisant une égalité parfaite entre
les sexes. Plus l’écart hommes - femmes est important, plus l’IPF est
faible. Le PNUD (1999) a calculé l’IPF pour 102 pays.
Les 3 premiers sont des pays scandinaves Norvège (1), Suède (2), Danemark
(3)… Les derniers du classement sont le Niger (0,120), le Pakistan (0,176)
et le Togo (0185) . L’indicateur
de la pauvreté humaine (IPH) Un
indicateur de la pauvreté humaine (IPH) mesure la misère dans quatre
grands aspects de la vie humaine : la capacité de vivre longtemps et
en bonne santé, le savoir, les moyens économiques et la participation
à la vie sociale. Ces aspects de la misère sont les mêmes pour tous
les pays, qu'ils soient industrialisés ou en développement. Seuls les
critères les mesurant varient, pour tenir compte des différences dans
les réalités de ces pays et en raison des limites que posent les données ".
Le PNUD a donc conçu deux versions de l’IPH : l’IPH-1 pour les
pays en développement et l’IPH-2 pour les pays industrialisés. L’OCDE et le modèle
« pression état réponse » La
Commission du développement durable a cherché à établir une ossature
conceptuelle cohérente appliquée au développement durable. Elle s’est
appuyée pour cela sur le cadre méthodologique élaboré par l’OCDE au
début des années 90, le modèle pression-état-réponse. Il s’agit d’une
matrice composée verticalement de différents éléments du développement
durable et horizontalement de trois types d’indicateurs :
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III- Les évolutions
et les perspectives.
Cependant,Au niveau international mais aussi
national (pour chaque pays ayant ratifié le traité de Kyoto), les champs
prioritaires d'action pour progresser vers un Développement Durable sont
définis dans l'AGENDA 21 dont le sommaire aborde les différents thèmes
suivants :
2.
La conservation et la gestion des ressources aux fins de développement
3. Le renforcement des principaux groupes sociaux
4. Les moyens de mise en œuvre
Sur
le plan international, il est important de comprendre que le Développement
Durable ne peut être réalisé que de façon globale, et n'a de sens que
dans une synergie des actions des différents pays. |
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IV- Le développement durable
et l’entreprise.
Concrètement, l'engagement des entreprises dans
cette voie est un processus long passant par des phases successives comme
le "benchmarking" (à savoir la comparaison quantitative et qualitative
de la performance de l'entreprise aux meilleures pratiques connues sur
son marché ou dans des entreprises similaires), la mise au point de critères
de "soutenabilité" quantitatifs et qualificatifs, l'établissement
d'un plan de progrès et le suivi des résultats concrets obtenus au moyen
de mesures et d'audits effectués par des organismes extérieurs. |
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A- Du coté de l’offre… Marshall et Pigou : les externalités. Ces
deux auteurs ont montré que l’action réglementaire de l’Etat visant à
obliger les entreprises à intégrer les effets externes négatifs dans le
calcul de leurs coûts (internalisation des externalités) permettait de
se rapprocher de l’optimum de Pareto, étant donné que cette information
n’était pas donnée par le marché. C’est la justification de la règle « pollueur
payeur ». Coase : les droits à polluer. (EP 86 ;
11/02) « Dans la théorie de R. Coase, la quantité
de pollution est fixée à l'avance et l'ajustement se fait par les prix
de ces permis négociés par les entreprises (les entreprises qui polluent
le plus devront payer plus cher ce droit en achetant des permis à celles
qui polluent moins). Les intérêts sont les suivants: -
mieux contrôler les niveaux de pollution (car définis par des instances
techniques et institutionnelles et donc, sur ce plan, l'Etat intervient
également ici); -
développer la responsabilité des entrepreneurs en instaurant des mécanismes
de marché (qui sont aussi des motivations financières; il y a un gain
monétaire à moins ou à ne pas polluer). -
réduire les niveaux de pollution en intégrant de nouvelles méthodes de
production moins polluantes, donc entraîner une diminution de cette pollution sur le
long terme, plus durable. -
un transfert de technologies vers le Sud car le coût de dépollution est
moins élevé. Cependant, il existe aussi des risques et des
inconvénients: -
la fixation d'un niveau trop faible de dépollution (ainsi, lors
de la conférence de La Haye, l'objectif fixé était de réduire de seulement
5 % les émissions de gaz à effet de serre). -
des difficultés de mesures et de contrôle existent, la quantité
idéale ou optimale des permis n'est pas définie scientifiquement, les
méthodes d'attribution sont sujettes à caution. -
un risque est présent de délocalisations vers des zones où les
permis sont plus importants, d'où la nécessité d'établir des normes internationales
et de maintenir un niveau de pollution dans les pays développés (qui sont
ceux qui polluent le plus). Nous voyons donc que les méthodes pour réduire
la pollution sont loin d'être efficaces surtout lorsqu'il n'y a pas une
véritable volonté politique affichée de la part des pays concernés et
qu'ils contrôlent aussi les décisions prises. »
B- Du coté de la demande… Cette approche nous ramène à la question du commerce
équitable qui s’insère ici dans le développement durable. Il s’agit de
l’hypothèse d’une évolution de
la demande vers une consommation éthique qui supposerait l’émergence d’un
« consommateur citoyen ». L’utilité individuelle ( exprimée en terme de
satisfaction) , l’altruisme et la prise de conscience des problèmes liés
à la préservation de l’environnement
constitueraient les principaux déterminants d’une consommation
éthique. Au nom de cette éthique , le consommateur serait disposé à payer
plus cher. Cela revient à assimiler cette consommation à des biens « Veblen »
( type bien de luxe) ou « Giffen » ( la demande augmente, quand
le prix augmente, cas de produits primaires dans
certaines circonstances telles que la crise frumentaire). Cependant il
n’y a pas chez le consommateur éthique un pur besoin de se distinguer,
par contre la volonté d’améliorer le sort des autres, donnée qui n’a pas
été prise en compte par les économistes. Si l’on en reste au plan économique
on peut observer que ce consommateur a deux caractéristiques : revenu
élevé et haut niveau d’information. La suite du raisonnement est plutôt
sociologique. On peut avoir recours aux études de Falk et Fischbacher
qui proposent une « théorie de la réciprocité » , selon laquelle
intentions et conséquences de l’acte de consommation expliquent les comportements
économiques. Cela permettrait de comprendre que des consommateurs soient
prêts à sanctionner un producteur qui n’aurait pas un comportement éthique,
soit en produisant , soit en vendant ses produits. Au delà de ce cas de
figure, on peut supposer que la consommation « sanction » peut
aussi devenir une consommation « adhésion » à des principes ;
Ceci pourrait expliquer le relatif succès des produits labellisés « commerce
équitable » (comme le label « Max Havelaar »). En somme
« L’idée de développement durable renvoie à des sociétés engagées
du point de vue du producteur et du consommateur » et « nous
serions passés de citoyens consommant pour vivre (autosubsistance) et
de consommateur roi (vivre pour consommer) à une société ou le consommateur
citoyen devient acteur de sa consommation ». P Glémain PE 86 11/02. |
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Philippe Leconte, mars 2005
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