LE CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN

 

 

Bientôt cent ans d’histoire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

Dépassionner le débat

 

            Le sujet mérite quelques réflexions préliminaires. Car aucun autre sujet d’actualité n’a suscité et ne suscite autant de prises de positions extrêmes que le conflit israélo-palestinien. Comment pourrait-il en être autrement ?

            Ce conflit n’est pas un conflit banal, le conflit de tout le monde.

           

Un conflit hors du commun

 

            Certes, il s’agit d’un conflit local, ou localisé à ce qu’on appelait jusqu’en 1948 la Palestine, un territoire qui est désormais coupé en deux zones : l’Etat d’Israël et les Territoires palestiniens. Pourtant, bien que limité à cet espace somme toute bien modeste à l’échelle mondiale, il se répercute sur une bonne moitié de la planète : le monde arabo-musulman, du Maroc à l’Indonésie, les Etats-Unis et les pays de la Communauté européenne. Par ailleurs, lors même que les forces en présence sont très inégales, il s’éternise.

            C’est que la Palestine est bien plus que n’importe quelle région du monde.

            Politiquement, d’abord, parce que l’Etat d’Israël apparaît, malgré des résultats économiques décevants, comme un îlot occidentalisé et moderne, riche et surarmé, au sein d’un monde arabo-islamique en devenir économique et démocratique.

Stratégiquement, ensuite, parce que les intérêts américains dans la région et la politique israélienne ont partie liée, depuis de longues années déjà, en fait depuis la création de l’Etat d’Israël, en 1948.

Religieusement, enfin, car la Palestine n’est pas un pays comme les autres.

 

             La Palestine  n’est ni l’Irak ni l’Afghanistan

Jérusalem n’est pas Bagdad ou Kaboul

 

La Palestine est la Terre promise pour les Juifs religieux, elle est aussi la terre natale du Sauveur (Nazareth, Bethléem) pour les chrétiens qui croient en l’Incarnation, elle est, enfin, le pays de deux lieux saints pour une immense majorité de musulmans : Hébron, qui abrite le tombeau d’Abraham et Jérusalem.

Jérusalem, al-Qods, justement, n’est pas une ville parmi d’autres, c’est la Ville sainte, pour les juifs, mais aussi pour les chrétiens, car le Christ y est mort et ressuscité, et pour les musulmans, - ville du sacrifice d’Ismaël et qibla des derniers temps. Autrement dit, Jérusalem est la ville Sainte par excellence, pour tous ceux qui sont les « fils d’Abraham », le « Père de tous les croyants ».

            Evidemment, cette dimension religieuse, on pourrait dire « abrahamique », du conflit touche inégalement les populations et à plus forte raison les hommes politiques. Et pourtant, comment l’ignorer ?

            D’ailleurs le conflit israélo-palestinien trouve son origine dans un mouvement qui est autant politique que religieux et qu’on appelle le sionisme, et puis, surtout, un élément à connotation religieuse vient troubler la sérénité du débat : l’antisémitisme.

 

            Antisionisme n’est pas antisémitisme

 

            Est sioniste, celui qui soutient l’existence de l’Etat d’Israël, y compris sa politique à l’égard des Palestiniens.

Est antisioniste quiconque conteste sinon l’existence même de l’Etat d’Israël, du moins sa politique à l’égard du peuple palestinien.

            Un antisioniste peut donc reconnaître la légitimité de l’Etat d’Israël, tout en  désapprouvant sa politique à l’égard de la population palestinienne.

Les Palestiniens sont antisionistes, pour des raisons évidentes :

            Mais on rencontre aussi des Juifs qui sont antisionistes, et qu’on ne peut tout de même pas tenir pour des antisémites, sous prétexte qu’ils critiquent la politique de l’Etat d’Israël.

Il y a même des groupes religieux que l’on peut qualifier d’extrémistes, qui en contestent l’existence, et pour qui l’Etat d’Israël est condamné à la catastrophe finale, parce qu’il s’agit d’un Etat moderne, laïque, où d’ailleurs la majorité de ceux qui y vivent sont incroyants.

            Est antisémite, quiconque porte un jugement de valeur négatif envers les Juifs en général, que ceux-ci vivent en Israël ou ailleurs dans le monde.

            De l’antisionisme à l’antisémitisme, il y a un peu plus qu’un pas, et qui est rarement franchi, quoi qu’on en dise, du moins en Europe.

            Assimiler l’antisionisme et l’antisémitisme est sans doute une manière de disqualifier l’antisionisme militant, c’est surtout au minimum un abus de langage. D’ailleurs, l’antisémitisme existe depuis des siècles, alors que l’antisionisme remonte aux années 48-49, avec le problème des réfugiés palestiniens.

            De toutes les manières, ce genre de considération, typique de certains  intellectuels parisiens, n’empêche ni la souffrance des uns et des autres, palestiniens et juifs, ni surtout la terreur dans le regard du jeune garçon palestinien placé sous le feu des « sauterelles de la mort », ou du même garçon juif témoin, lui, d’un attentat suicide.

 

Un conflit inhumain

 

Sous cet aspect, ce qui caractérise peut-être le mieux ce conflit, c’est son manque d’humanité, sinon sous ses deux formes les plus douloureuses de la condition humaine : l’humiliation et la souffrance.

            L’humiliation du peuple palestinien et la souffrance des populations juive et arabe, chrétienne et musulmane, forment les seules constantes de ce conflit.

Humiliation, souffrance, donc. A quoi il convient d’ajouter deux autres invariants : l’exaspération du peuple palestinien et la détermination de l’Etat d’Israël.

On enregistre, en effet, depuis des années une réelle exaspération du peuple palestinien qui n’a guère d’équivalent dans l’histoire. Elle porte un nom : Intifada.

La détermination de l’Etat d’Israël est pareillement peu fréquente dans l’histoire. Elle s’appelle « Droit à l’autodéfense » ou « terrorisme d’Etat », selon que l’on est pro ou antisioniste.

 

Un conflit interminable

 

Le conflit israélo-palestinien aura bientôt cent ans d’une histoire tragique qui commence en 1917 et dont l’issue, en 2004, reste toujours imprévisible, à moins de prévoir le pire.

           

 

 

APERCUS HISTORIQUES

 

1896

Naissance du Sionisme

Le conflit israélo palestinien ne commence pas avec le sionisme dont on peut faire remonter la naissance au mois de novembre 1896, avec la parution, à Vienne, de l’ouvrage d’un journaliste hongrois, Theodor Herzl, intitulé Der Judenstaat, (L'État juif, recherche d'une réponse moderne à la question juive).

Il s’agit pour l’essentiel d’une réaction à l’antisémitisme « fin de siècle », tel qu’il s’exprime en Europe, spécialement en France : l’affaire Dreyfus, Drumont. On peut se référer au fameux ouvrage de Léon Bloy : Le salut par les Juifs.

Theodor Herzl prétend promouvoir l’idée d’une terre, d’un Etat qui offrirait un refuge aux populations juives qui se trouvent en butte alors aux persécutions dans tel ou tel pays.

Pour l’anecdote, c’est à l’Ouganda, que pense en premier le gouvernement britannique. Les soviets, eux, dans les années 20, favoriseront des colonies juives en Sibérie orientale (Birobidzhan) !

Le 6ème congrès sioniste de 1909 retient cependant le choix de la Palestine. On connaît le slogan : « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». On peut voir là l’origine du conflit israélo-palestinien. Car si le peuple juif, en diaspora, depuis la chute de Jérusalem, en 70 après Jésus-Christ est effectivement sans terre, la Palestine, elle, est habitée par un peuple : le peuple palestinien.

En 1909, la Palestine est d’ailleurs administrée par les Turcs, elle fait partie de l’Empire Ottoman. Elle compte quelque 500 000 habitants.

 

2 novembre 1917

Le Foyer Juif

Il faut chercher les origines du conflit israélo palestinien, à Londres, en 1917, très exactement, le 2 novembre 1917, avec la Déclaration d'intentions adressée par lord Balfour, ministre des Affaires étrangères, à lord Rothschild :

 

«Cher Lord Rothschild,

 

«J'ai le grand plaisir de vous adresser, de la part du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration suivante, en sympathie avec les aspirations juives sionistes; cette déclaration a été soumise au Cabinet et approuvée par lui.

 

«Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un Foyer national pour le peuple juif, et il emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui porte atteinte aux droits civils et religieux des communautés non juives de Palestine ainsi qu'aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans les autres pays.»

            Le 9 décembre 1917, les armées anglaise et française entrent à Jérusalem (avec le colonel Lawrence et Louis Massignon).

            La Palestine va passer sous mandat britannique (accords Sykes-Picot).

            Il y aura donc en Palestine, bien avant l’Etat d’Israël, un « Foyer national pour le peuple juif ».

            L’orientaliste Louis Massignon, qui deviendra antisioniste après 1948, n’hésite pas à écrire, en 1921 : « Ils [les juifs] se souviennent de leurs morts, et cela suffit pour créer un droit à revenir près d’une tombe ». De fait, en 1922, la population juive s’élève à 84 000 personnes. Mais la population arabe de Palestine (chrétiens et musulmans) compte, elle, environ 600 000 personnes.

La Palestine n’a jamais été « une terre sans peuple ».

 

1947

Résolution 181

            Le 29 novembre 1947, la résolution 181 de l’ONU adopte un plan de partage de la Palestine, avec la fin du mandat britannique. Elle prévoit la constitution de deux états indépendants, un état juif et un palestinien. Les lieux Saints et Jérusalem sont placés sous l’autorité de l’ONU.

            Le monde arabe s’y oppose.

 

1948

Création de l’état d’Israël

            Le 10 avril 1948, massacre des habitants du village de Deir Yassin.

            Le 14 mai, le Conseil national juif proclame l’indépendance de l’Etat d’Israël. L’armée égyptienne entre à Gaza, tandis que la Légion arabe occupe Jérusalem

            Le 17 septembre, le comte Bernadotte, représentant les Nations Unies est assassiné à Jérusalem par un groupe extrémiste juif, l’Irgoun.

 

1948-1949

Le problème des réfugiés

 

DESTRUCTION DE VILLAGES ARABES PALESTINIENS

 

NOM DU DISTRICT

NOMBRE DE VILLAGES

AVANT 1948

1988

DETRUITS

Jérusalem

33

4

29

Bethléem

7

0

7

Hébron

16

0

16

Jaffa

23

0

23

Ramle

31

0

31

Lydda

28

0

28

Jenin

8

4

4

Tulkarm

33

12

21

Haïfa

43

8

35

Acre

52

32

20

Nazareth

26

20

6

Safad

75

7

68

Tibérias

26

3

23

Bisan

28

0

28

Gaza

46

0

46

TOTAL

475

90

385

 

De décembre 1947 à octobre 1948, 650 000 Palestiniens ont quitté leurs maisons, de gré ou de force. En décembre 1949, on compte 726 000 réfugiés de Palestine : « C’est un brandon qu’il est dangereux de laisser traîner dans une région déjà explosive d’un monde livré à la guerre froide, et qui menace la stabilité de toute la Méditerranée » (1951).

 

            Ce problème des réfugiés a également pour conséquence de légitimer l’antisionisme. Comment devient-on antisioniste, en effet, après la création de l’Etat d’Israël ? C’est en opérant cette constatation : « Israël, l’éternel proscrit, qui venait d’être décimé par les massacres hitlériens, et aspirait à se regrouper dans le « national home » à lui reconnu depuis 1917, adoptait le colonialisme, et décidait de faire fuir, en les terrorisant par des attentats méthodiques, les laboureurs arabes musulmans et chrétiens, pour loger ses propres immigrants et réfugiés », selon Louis Massignon, en 1955.

 

1959

Création, au Caire du Fatah (Yasser Arafat)

            2 juin 1964 : charte de l’OLP, l’Organisation de Libération de la Palestine

 

            « Nous sommes las d’attendre et de désespérer, dit-il. Il nous fallu seize ans pour refaire notre unité, et nous n’attendrons pas seize années pour passer à l’action. Or, l’action, cette fois, ne sera ni politique ni diplomatique, mais rien que militaire. Il est demandé aux Palestiniens de lutter et de mourir, mais leur lutte et leur sacrifice seront conditionnés par les moyens que les gouvernements mettront à leur disposition. Nous représentons ici, a ajouté M. Choukeiri, toutes les générations humiliées et trahies : celles de la déclaration Balfour, celles qui ont vécu l’impérialisme britannique en Palestine, celles qui ont connu les persécutions et les massacres, et celles qui vivent aujourd’hui dans la misère et le désespoir. (…) Qu’avons-nous à perdre ? Pourquoi faut-il qu’un réfugié meure de faim sous la tente au lieu d‘être tué au front les armes à la main. »

            De fait, la résolution finale de la charte affirme de manière solennelle : « Le problème palestinien ne sera jamais résolu qu’en Palestine et par la force des armes ».

 

1967

La guerre des Six Jours

            La victoire éclair et sans surprise de l’armée israélienne bouleverse les rapports régionaux : le Sinaï tombe aux mains des Israéliens, le plateau du Golan est pris à la Syrie. La Cisjordanie et Jérusalem-Est sont occupées.

           

La résolution 242

 

Le 22 novembre, l’ONU vote à l’unanimité du Conseil de Sécurité la résolution 242 : « Le Conseil de sécurité,

Exprimant l’inquiétude que continue de lui causer la grave situation au Proche-Orient,

Soulignant l’inadmissibilité de l’acquisition de territoire par la guerre et la nécessité d’œuvrer pour une paix juste et durable permettant à chaque État de la région de vivre en sécurité,

Soulignant en outre que tous les États membres, en acceptant la Charte des Nations unies, ont contracté l’engagement d’agir conformément à l’article 2 de la Charte:

1. Affirme que l’accomplissement des principes de la Charte exige l’instauration d’une paix juste et durable au Proche-Orient qui devrait comprendre l’application des deux principes suivants :

a)  retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés lors du récent conflit ;

b)  cessation de toutes les assertions ou de tous les états de belligérance, et respect et reconnaissance de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique de chaque Etat de la région et de son droit de vivre en paix à l’intérieur de frontières sûres et reconnues, à l’abri de menaces ou d’actes de force.

2. Affirme en outre la nécessité :

a) de garantir la liberté de navigation sur les voies internationales de la région;

b) de réaliser un juste règlement du problème des réfugiés ;

c) de garantir l’inviolabilité territoriale et l’indépendance politique de chaque État de la région par des mesures comprenant la création de zones démilitarisées.

 

            Mais déjà, durant l’été 67 commence la colonisation de la Cisjordanie

            Après les réfugiés des années 48-49, c’est une nouvelle vague de départs forcés qui commence. Ce sont près de 4 millions de réfugiés palestiniens qui seront recensés dont 850 000 dans la bande de Gaza, au Liban, en Syrie et en Jordanie où ils sont 1 million 650 000.

            Cette présence déclenchera d’ailleurs un grave conflit armé entre l’armée jordanienne et les organisations palestiniennes : Septembre noir (1970)

            L’OLP chassée de Jordanie et s’installe au Liban.

 

1973

Guerre du Kippour

            Réplique de la guerre des Six Jours, ce qu’on appelle la Guerre du Kippour voit pour la première fois les armées israéliennes en difficulté.

 

Vers Camp David

            « N’y aura-t-il donc jamais quelqu’un pour se lever, d’un côté ou de l’autre, et tendre la main à l’adversaire ? »

 

Le 19 novembre 1977, Anouar al-Sadate et Menahem Begin, se rencontrent à Jérusalem. C’est la première fois qu’un dirigeant arabe tend la main à Israël

            Cette rencontre – qui coûtera la vie au président égyptien – débouche sur les accords de Camp David, qui seront signés entre Shimon Pérès, et pour l’OLP,  Mahmoud Abbas, le 17 septembre 1978

 

Déclaration de principe sur des arrangements intérimaires d’autonomie.

 

            « Le gouvernement de l’Etat d’Israël et les délégués de l’OLP (au sein de la délégation jordano-palestinienne à la conférence de paix sur le Proche-Orient, la «délégation palestinienne »), représentant le peuple palestinien, conviennent qu’il est temps de mettre fin à des décennies de confrontation et de conflit, de reconnaître leurs droits légitimes et politiques mutuels, de s’efforcer de vivre dans la coexistence pacifique, la dignité et la sécurité mutuelles, et de réaliser un accord de paix équitable, durable et global, ainsi qu’une réconciliation historique par un processus politique convenu.

            L’objectif des négociations israélo-palestiniennes dans le processus de paix en cours au Proche-Orient est, notamment, d‘établir une Autorité palestinienne intérimaire de l’autonomie, le conseil élu, pour les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza, pour une période transitoire n’excédant pas cinq ans et conduisant à un règlement permanent fondé sur les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité. »

            Malheureusement les Palestiniens refusent en bloc ces Accords.

1982

Sabra et Chatila

            Les opérations s’orientent vers le Liban d’où Yasser Arafat et l’OLP sont chassés finalement.

            C’est ensuite le massacre de quelque 1500 réfugiés dans les camps de Sabra et Chatila, par les milices chrétiennes libanaises, dans l’indifférence de l’armée israélienne qui laisse le carnage durer 36 heures sans intervenir. Mais il ne s’agit que de « non-juifs massacrant des non-juifs », dira Menahem Begin. Pour la première fois les Israéliens eux-mêmes protestent.

 

1984

La première Intifada

            Les combattants palestiniens, chassés du Liban, comme ils l’avaient été de Jordanie, pendant Septembre noir, la conséquence en sera la première Intifada, ou résistance des Palestiniens de l’intérieur, si l’on peut dire.

 

Des accords d’Oslo (1993) à la conférence de Camp David (2000), si l’Autorité palestinienne est reconnue internationalement - observateur à l’ONU -, sur le terrain la réalité est tout autre, Yasser Arafat ne contrôlant qu’une infime portion de territoire tandis que la colonisation juive des territoires occupés n’a jamais cessé.

           

29 septembre 2000

La seconde Intifada

            A la guerre des pierres a succédé une pression armée de la part des Palestiniens – qui ne se limite pas aux seuls attentats suicide.

            La situation est apparue assez préoccupante pour conduire l’ONU à un nouveau vote, le 24 septembre 2002, par 14 voix pour et une abstention (États-Unis).

 

Le Conseil de sécurité,

Réaffirmant ses résolutions 242 (1967) du 22 novembre 1967, 338 (1973) du 22 octobre 1977, 1397 (2002) du 12 mars 2002, 1402 (2002) du 30 mars 2002 et 1403 (2002) du 4 avril 2002, ainsi que les déclarations de son Président du 10 avril 2002 et du 18 juillet 2002,

 

Réitérant sa grave préoccupation face aux événements tragiques et violents qui se déroulent depuis le mois de septembre 2000 et à la détérioration continue de la situation,

Condamnant toutes les attaques terroristes contre tout civil, y compris les bombardements terroristes dirigés contre Israël les 18 et 19 septembre 2002, et contre une école palestinienne à Hébron le 17 septembre 2002, et exigeant qu’il y soit mis fin immédiatement,

Gravement préoccupé par la réoccupation du quartier général du Président de l’Autorité palestinienne dans la ville de Ramallah, le 19 septembre 2002,

Alarmé par la réoccupation de villes palestiniennes ainsi que par les restrictions sévères imposées à la liberté de circulation des personnes et des biens, et gravement préoccupé par la situation humanitaire à laquelle est confronté le peuple palestinien,

Réitérant la nécessité de respecter en toutes circonstances le droit international humanitaire, y compris la quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre du 12 août 1949,

1. Exige à nouveau la cessation complète de tous les actes de violence, y compris de tous les actes de terreur, de provocation, d’incitation à la violence et de destruction;

2. Exige qu’Israël mette fin immédiatement aux mesures qu’il a prises à Ramallah et aux alentours, y compris la destruction des infrastructures civiles et des installations de sécurité palestiniennes.

3. Exige également le retrait rapide des forces d’occupation israéliennes des villes palestiniennes et le retour aux positions tenues avant septembre 2000 ;

4. Demande à l’Autorité palestinienne d’honorer l’engagement qu’elle a pris et de faire traduire en justice les auteurs d’actes terroristes;

5. Appuie sans réserve les efforts déployés par le Quatuor et prie le Gouvernement israélien, l’Autorité palestinienne et tous les États de la région de coopérer au succès de ces efforts et reconnaît à cet égard l’importance que revêt toujours l’initiative approuvée lors du Sommet de la Ligue arabe tenu à Beyrouth;
6.Décide de demeurer saisi de la question.

 

            Naturellement, cette résolution n’aura pas plus d’effet que les précédentes.

 

2003

La Feuille de route

            Le dernier espoir en date repose sur ce qu’on appelle la Feuille de route, depuis le mois d’avril 2003.

Cette « feuille de route » est placée sous les auspices d’un Quatuor qui comprend les Etats-Unis, l'Union européenne, l'Organisation des Nations unies et la Russie. Son objectif est rien de moins que « le règlement définitif et général du conflit israélo-palestinien d'ici à 2005 ».

            Mais les conditions de son applications sont draconiennes : « Le règlement du conflit israélo-palestinien sur la base d'une solution à deux Etats n'est réalisable que si fin est mise à la violence et au terrorisme lorsque le peuple palestinien aura des dirigeants qui agiront de façon décisive contre le terrorisme et qui seront désireux et capables d'instaurer un régime démocratique fondé sur la tolérance et la liberté, que si Israël est disposé à faire le nécessaire pour qu'un Etat palestinien démocratique soit établi, et que si les deux parties acceptent clairement l'objectif d'un règlement négocié tel qu'il est décrit ci-dessous. »

            On peut se demander si, dans la situation géopolitique actuelle, le Quatuor a les moyens d’imposer cette Feuille de route autant à l’Autorité palestinienne qu’au gouvernement Sharon. Autrement dit, verrons-nous, en 2005, « la création d'un Etat palestinien indépendant, démocratique et viable vivant aux côtés d'Israël et des autres pays limitrophes en paix et en sécurité » ?

            On peut s’interroger également sur les motivations du gouvernement israélien et de l’Autorité palestinienne.

            Mais il y a plus grave depuis le mois de juin 2002

            Un mur s’élève désormais entre deux peuples, un mur – dont on dit qu’il est une « clôture de sécurité », mais qui n’en rappelle pas moins tout à la fois le mur d’Hadrien, la muraille de Chine ou plus près de nous le « mur de Berlin ». Ou encore certains régimes d’apartheid en Afrique du Sud, voire aux Etats-Unis, il n’y a pas si longtemps (Martin Luther King).

            Un mur qui signifie discrimination et enfermement, isolement et ghetto. Un mur ! Un ghetto, à l’échelle cette fois d’une nation. N’est-ce pas la faillite du sionisme ? Ou bien est-ce son accomplissement ?

Il n’en reste pas moins un mur qui prétend dresser une barrière entre deux peuples. Il y a là un anachronisme terrifiant.

Mais, « pour être des contemporains de leur temps, écrit Alain Finkielkraut, dans le Point, du 3 octobre 2003, palestiniens et israéliens devraient, à l’image des Européens, se mélanger les uns aux autres. Et voilà ces juifs qui veulent rester juifs  et former un état juif »

 

Peu importe finalement. Ce qui s’éternise, et qui rend donc ce conflit interminable, c’est l’interminable litanie des violences et des victimes :

            « Toujours dans la région de Naplouse, deux activistes des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, liées au mouvement Fatah, ont été tués dans le camp de réfugiés de Balata lorsque des soldats ont ouvert le feu sur des Palestiniens qui leur lançaient des pierres.

Ces décès portent à 4 344 le nombre de personnes tuées depuis le début de la seconde Intifada en septembre 2000, dont 3 325 Palestiniens et 948 Israéliens », selon l'AFP, le 27 septembre 2004. »

« Les derniers décès portent à 4 369 le nombre de personnes tuées depuis le début de la seconde Intifada, fin septembre 2000, dont 3 345 Palestiniens et 953 Israéliens, d’après Le Monde du 30 septembre.

Cette litanie témoigne qu’à vue humaine la situation n’a cessé d’empirer comme si ce conflit ne devait jamais trouver d’issue et, de fait, si on en revient aux deux termes d’exaspération pour les uns et de détermination pour les autres, où trouver l’espoir d’une solution ?

 

 

CONCLUSION

 

« La loi d’Israël a toujours puni ses chefs prévaricateurs quand ils ont fait adorer par le peuple de Dieu les idoles de l’or et du sang. »

 

Ce conflit interminable ne se limite pas à sa dimension politique, voire géopolitique, ou à sa dimension religieuse. Il y a, en effet, dans ce conflit une dimension eschatologique qui l’élève au-dessus des questions de frontière, de peuple et de nation, de race même, ou de religions, en d’autres termes, qui l’inscrit au-delà de la géographie physique. C’est ce qui permet d’ailleurs de prédire le pire pour cet interminable conflit israélo-palestinien qui ne peut que mal finir, dans dix ans ou dans cent ans, dans une catastrophe finale :

Avant le retour des trois religions, pacifiées, réconciliées, à Jérusalem, La Sainte, al-Qods.

 

  J. Moncelon  
 
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