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Les conséquences de la guerre en Irak Ph. Leconte & D. Millet |
| I- | Le scénario volontariste : l’extension du processus démocratique mondial : le « Grand Moyen-Orient » et « théorie des dominos positive ». | |||||||||
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Novembre 1989 : chute
du Mur de Berlin qui annonce le démembrement de l’URSS. 50 ans de relations
internationales s’effacent avec la fin de la guerre froide, la disparition
de la bipolarisation. Le monde des années 90 s’organise autour du concept
de « centre périphérie » : un centre pacifique autour duquel
gravite une périphérie agitée symbolisée par une recrudescence de conflits
localisés (Afrique des Hauts plateaux ,Moyen-Orient, guerre du Koweït…)
mais un centre qui se structure aussi autour du processus de mondialisation(ouverture
des frontières, globalisation financière….) laissant les Etats-Unis progressivement
sans rival. Et puis le 11 septembre 2001 : la
menace atteint le cœur du centre. Un choc imprévisible. La dissuasion
est inopérante. Les EU se découvrent un ennemi multiforme, mortel, global.
Le 29 Janvier 2002, dans son discours sur l’Etat de l’Union ,G.Bush dénonce
l’Axe du Mal et les Etats voyous ajoutant le 1 Juin à West Point : « nous
sommes dans un conflit entre le Bien et le Mal et nous conduirons les
Nations pour le régler ». La thèse de la vulnérabilité des démocraties
face à la tyrannie est confirmée. . Le 2 février
2002 Paul Wolfowitz affirme que dorénavant
« nous devons bâtir et maintenir nos capacités défensives
jusqu’à faire passer à quiconque la tentation de nous défier…Dorénavant
ce sont les missions qui vont
déterminer les coalitions et non
l’inverse. On ne peut ni se retirer, ni s’accommoder du monde. Il ne reste
plus qu’à le dominer sans tenir compte ni des frontières, ni des alliés,
ni des organisations internationales ». De plus s’ajoute la légitimation
de la guerre préventive : les interventions extérieures sont considérées
comme indispensables pour prévenir les futures agressions sur le territoire
américain. Sur ce point, les divergences avec le point de vue de l’ONU
sont fortes. L’Amérique
devient interventionniste et unilatéraliste. |
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| On fera ici référence à la position des néo-conservateurs de l’administration Bush en particulier Richard Perle et Paul Wolfowitz sans oublier le vice-président Dick Cheney:
les représentants de l’administration Bush - Le « Grand
Moyen Orient » et l’expérimentation de la démocratie. L’analyse de l’administration Bush considère qu’il existe des forces transnationales terroristes ;le terrorisme ressemblant à des métastases malignes :Al Qaeda partout et nulle part. Le seul moyen de l’éradiquer :l’expansion de la démocratie. La mission des Etats-Unis est de changer la nature des régimes hostiles. « Après Kaboul,, Bagdad ». Richard Hass ,secrétaire d’Etat adjoint à la défense, énonce la théorie des dominos positive reprise par Colin Powell. À partir d’un Irak libéré, la démocratie va se diffuser chez ses voisins, Syrie, Iran, Arabie. Il s’agit de remodeler la région pour faire progresser les intérêts de la puissance américaine particulièrement si la question de la paix au Moyen-Orient est réglée .
Grand Moyen Orient - Renverser
ces régimes : la légitimation de la guerre préventive (contrer l’illégalité
du processus par la légitimité du résultat) Pour G.Bush, « nous devons porter le champ
de bataille chez l’ennemi, devancer ses plans, supprimer la menace avant
que l’ennemi ne puisse la mettre à exécution. L’heure est aux coalitions
regroupées autour des Etats-Unis » Le National Security Council précise
en septembre 2002 la stratégie de préemption :face à une cause juste,
l’option du recours à une action
préventive est légitime. La menace imminente justifie l’action préventive
(Vladimir Poutine , fait sienne cette approche pour justifier les futures
interventions en Tchétchénie ou ailleurs). R.Kagan clôt définitivement
ce chapitre en affirmant : « les Etats-Unis sont les champions
d’un droit universel dont ils sont les énonciateurs, les interprètes et
les exécutants ,un droit incarné par eux et ne pouvant donc leur être
imposé ». - Derrière
cette politique , trois objectifs paraissent se dessiner (tout ceci pouvant
être bien sûr discuté) :
Idéalistes
et optimistes, les nouveaux idéologues dénoncent la réalpolitik de la
guerre froide, le consensus mou de la détente qui profitait exclusivement
à l’URSS et revendiquent l’universalité de leur modèle Internationalistes,
ils défendent un interventionnisme résolu, la promotion de la démocratie
par les armes en référence à une Amérique « terre promise »
et état missionnaire ayant en charge la croisade démocratique face aux
Etats islamistes et voyous. Dans
sa « vision of World war IV » ,James Woolsey considère que depuis
1979,les Etats-Unis sont concernés par une 4° guerre mondiale contre les
Etats islamistes et ceux dirigés par le Baas (assimilation Ben Laden-Saddam
Hussein ,justification de C.Powell devant l’ONU et
politique de l’amalgame) sans oublier l’analyse de Samuel Hungtington dans « le choc de civilisations »
dont il sera fait mention plus loin. Un rôle messianique :
Extrait du discours de Bush (Etat de l’Union 01/04) :
Pétrole en Irak L’analyse
géostratégique est aussi pertinente car tenir le pays c’est aussi contrôler
le transport des hydrocarbures en particulier les oléoducs entre Kirkouk et Tripoli au Liban par la Syrie
, Bassora vers
Yanbu à travers l’Arabie, de Mossoul vers les ports turcs sans oublier les réseaux au départ des ex-républiques soviétiques (depuis la Caspienne et
le piémont caucasien) à travers le Kurdistan irakien et turc visant à contourner les territoires russes,en particulier
l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan acheminant le pétrole kazakh et azerbaïdjanais
fin 2005.Mais contrôler les routes pétrolières, c’est pouvoir fermer les vannes et ainsi menacer financièrement les Etats suspectés
de soutien aux mouvements terroristes ;c’est aussi mettre en garde
l’Arabie Saoudite et libérer les EU de cette dépendance redoutable (20%
des importations américaines)
-
la fourniture de contrats pour la reconstruction de l’Irak exclusivement
aux firmes américaines :Bechtel, Halliburton ( voir le rôle de Dick
Cheney)….pour aujourd’hui 1 milliard de dollars. - de manière beaucoup plus subtile ,faire
pression sur les puissances du golfe afin qu’elles privatisent leurs compagnies
nationales (que ce soit l’Iran,
le Koweït ou l’Arabie avec l’Aramco, toutes sont publiques)ou accueillent
les majors américaines dans leur capital sur le modèle de l’Adnoc d’Abou
Dhabi contrôlée à 40% par des actionnaires étrangers. On peut remarquer
que si le gouvernement irakien reste « propriétaire » de son
pétrole, c’est l’ancien directeur de Shell qui assure la direction exécutive
de l’INOC,la compagnie nationale irakienne Ainsi, pas à pas, les pions s’installent sur
l’échiquier irakien. Mais le 1000° soldat américain vient d’être tué.
Les Etats-Unis sont définitivement
identifiés à la puissance coloniale et les Etats ayant le sentiment d’être
dans la ligne de mire se durcissent. Le très fragile système régional
implose. Les menaces se précisent… |
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