Introduction  
1
  Le scénario volontariste  
2
  Qu'en est-il des menaces?  
3
  Les réponses crédibles  
    Conclusion  
 

Les conséquences de la guerre en Irak

Ph. Leconte & D. Millet

III- Quelles sont les interprétations crédibles quant au conflit et ses prolongements ?
   

1-

Il faut d’abord commencer par une autre grille de lecture : Irak 1e guerre de la globalisation…  
 

( Globalisation économique, culturelle et politique : Stanley Hoffmann « Le 21e siècle a commencé »).

- Ce que soulève le conflit irakien est bien une problématique en terme de « gouvernance mondiale ».

Une globalisation des flux économiques et financiers, les décisions liées à ces flux, introduisent de nouveaux acteurs à côté des Etats eux mêmes : FMN (firme multinationale) BMN ( banque multinationale), voire des organisations mafieuses. Les liens entre les formes de pouvoir traditionnel étatique et ces nouvelles formes de pouvoir ne sont pas nécessairement conflictuels, Dès lors comme nous l’avons vu précédemment, les années 90 loin de représenter « La fin de l’histoire » ( f Fukuyama)  ouvre la porte à l’expression de nouveaux pouvoirs plus ou moins visibles. La globalisation offre suffisamment d’opportunités pour que ces pouvoirs occultes y trouvent leur compte.

L’hypothèse de pouvoirs étatiques  assurant la protection des citoyens face à ces pouvoirs plus ou moins visibles , n’est pas toujours crédible , d’autant plus que des liens peuvent se tisser entre les formes de pouvoirs. Seule une véritable gouvernance mondiale sous l’égide de l’ONU serait éventuellement en mesure d’assurer une telle mission.

La résistance des EU face à une telle perspective ( refus du tribunal pénal, refus de la signature de Kyoto, refus d’un arbitrage de l’ONU pour le moyen orient..) pose question. Par ailleurs la globalisation peut accélérer l’émergence de nouvelles puissances concurrentes : Inde, Chine, Russie. Dès lors l’hypothèse d’une Amérique en voie d’affaiblissement pourrait être retenue, la prise de contrôle du MO pouvant alors constituer une parade.

C’est en tout cas la perception D’E Todd , commentant la position de Brzezinski (auteur de l’ ouvrage : « The Grand Chessboard » 1997) :

     
  « Pour bien comprendre sa représentation des choses, il faut faire tourner devant soi un globe terrestre et prendre conscience de l’extraordinaire isolement des Etats Unis : le centre politique du monde est en réalité loin du monde . On accuse souvent Brzezinski d’être un impérialiste simplet, arrogant et brutal. Ses recommandations stratégiques peuvent certes faire sourire, et en particulier lorsqu’il désigne l’Ukraine et l’Ouzbékistan comme objets nécessaires des attentions de l’Amérique. Mais sa représentation d’une population et d’une économie mondiales concentrées en Eurasie, une Eurasie réunifiée par l ‘effondrement du communisme et oubliant les Etats Unis, isolés dans leur nouveau monde, est quelque chose de fondamental, une intuition fulgurante de la véritable menace qui plane sur le système américain. »  
  Emmanuel Todd « Après l’Empire » Gallimard.  

2-
L’évolution du Moyen-Orient passe par la résolution du conflit israélo- palestinien  et la renaissance du monde arabe.  
 

  encore une conférence à venir permettra de mettre en évidence les conditions d’une paix durable. On peut ici rappeler les propose de Selim Nassib dans le Monde Diplomatique de mars 2003.

     
 

« Trois termes clés résument l’évolution du monde arabe depuis la seconde moitié du 20e siècle : Nahda, Nakba et Naksa :

  • Le premier terme est la renaissance sous-entendu de « l’Oumma » : la définition égyptienne (de Nasser) qui fait de l’Oumma la nation (On y retrouve la question de la laïcité dans le Baas) et la définition saoudienne qui en fait la communauté.
  • Le deuxième signifie la catastrophe palestinienne : les palestiniens chassés de leurs terres (humiliation)
  • Le troisième signifie la défaite arabe lors de la guerre des 6 jours contre Israël en 1967 .

La complexité du moyen Orient est résumée en ces trois termes ; une pacification de la région par une quelconque conversion aux valeurs démocratiques ne vaut pas grand chose sans la résolution du contentieux entre Israéliens et Palestiniens : les solutions « démocratiques » proposées aggravent le contentieux.

On peut douter de la capacité des EU à tenter de se substituer aux peuples et à leurs représentants, sans porter atteinte à leur dignité qui s’insère dans la conception religieuse : il en va  des nations comme des individus, lorsqu’elles sont corrompues par la richesse  le pouvoir et l’orgueil elles sont punies par la destruction ou la soumission à des nations plus méritantes. »

 
  Selim Nassib «  Pour en finir avec le monde arabe » . Le monde diplomatique mars 2003.  

3-
Les opportunités européennes et le rôle de l’ONU.  
 

 

Les opportunités européennes et le rôle de l’ONU pour une véritable  coopération internationale. Un simple rappel des événements rend compte des divergences importantes entre les EU et l’ONU.

             - Novembre 2002,le conseil de sécurité vote à l’unanimité la résolution 1441 interdisant le recours automatique à la force contre le régime de Bagdad dans l’attente des rapports des inspecteurs chargés de la recherche des armes de destruction massive.

             - Février 2003, Hans Blix présente devant le Conseil un rapport mitigé notant une meilleure coopération irakienne mais des avancées peu substantielles sur les découvertes espérées. La France met en garde les Etats-Unis

              - Mars 2003, les troupes américaines rentrent dans Bagdad. Le Conseil de sécurité n’a pas été consulté  et les théoriciens américains  s’en donnent à cœur joie. Pour R.Perle,l’ONU est très utile pour la santé, l’agriculture et la culture mais c ‘est aux Etats nations seuls de promouvoir la démocratie.  Quant à R.Kagan, « quand on est puissant, on agit par la force ; quand on est faible, on s’en remet à la négociation et au droit »

L’ONU se décrédibilise (une intervention illégale, car non légitimée, argument des plus discutable) et l’Europe se fragilise : France, Allemagne, Belgique.contre  Londres , Rome, Madrid, Varsovie.

              - Septembre 2004, le bourbier irakien. L’Europe pose peut-être les bonnes questions. (On peut rappeler au passage que  l’expérience  européenne de la lutte contre des formes diverses de terrorisme est beaucoup plus riche).

En effet les désaccords avec les EU sont nombreux sur le rôle des traités internationaux, sur les organisations multilatérales (OMC), sur la lutte contre le terrorisme (Afghanistan et Guantanamo), sur le conflit israélo-palestinien ,sur la Cour pénale internationale… A travers ces tensions, c’est une Europe multilatérale qui progressivement  pourrait s’affirmer à contre certes mais qui se doterait ainsi d’ une légitimité , assumant les impératifs et les responsabilités de la puissance en  initiant la réflexion sur une « réforme»  de l’ONU  et sur  la construction d’ une politique étrangère  symbolisant  sa volonté d’une gouvernance globale. En un mot  pour boucler notre démonstration, un centre, l’Europe, pacifié, acteur de ce nouveau système de relations internationales  naissant   du chaos irakien.

     
 

« Les Américains proposent la doctrine du Grand Moyen Orient qui transpose la doctrine Truman de 1947. Pour contenir le communisme en Europe, il fallait favoriser la démocratie et le développement économique. Pour contenir le terrorisme religieux et le nationalisme au Moyen-Orient, il faut faciliter les progrès politiques et économiques vers la démocratie et le capitalisme . Ce qui revient à faire glisser le pouvoir vers des élites nouvelles. »

« Une doctrine opposée prévaut en Europe. Elle tient en trois propositions. Il faut se garder de vouloir influencer les formes politiques qui prédominent dans la région et les laisser évoluer librement. Il faut avant tout régler le problème palestinien. Sa solution favorisera le désarmement et apaisera l’opinion arabe. Pour l’économie il suffit de développer les échanges et les partenariats , comme l’Europe s’emploie à le faire. Le résultat est tout aussi incertain, mais paraît plus commode et moins risquée. Aussi , spontanément, l’Europe penche-t-elle de ce coté. »

 
  JP Casanova. Le Monde 15/4/04.  

Il reste à l’Europe à passer de la spontanéité au volontarisme…

   

 

 
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