Irak : Pourquoi la guerre?
Conférence de Ph. Leconte

 

Ph. Leconte - 26 juin 2003 Imprimer cette page   Imprimer ce document

 

 

Plan.

 

I Pourquoi l’Irak ?

  • L’Irak dans le temps long.
  • L’Irak dans le temps court.

II- Pourquoi la détermination des Etats Unis ?

  • Les « justifications » d’aujourd’hui…
  • …se comprennent par l’histoire.

 

Conclusion :

 - L’Amérique du choc des civilisations ? ( Samuel Huttington).

 - Le monde Arabe en attente de renaissance . ( Selim Nassib).

 - La vieille Europe : quel rôle pour demain ? ( R Debray)

 

 

 

Introduction.

 

-        La sensibilité de l’opinion publique à l’égard de l’actuel conflit est régulièrement rendu compte par les sondages. On cannait la valeur toute relative de ces sondages. 

   Il y a cependant plusieurs éléments frappants : au consensus quasi unanime dans le cas de la première guerre contre l’Irak en 1991 ( mais on se souvient du coup d’éclat de JP Chevènement , ministre de la défense démissionnaire),  a succédé une réelle fracture entre les opinions des Etats-Unis d’une part, favorable au conflit ( 70 %, ce qui veut dire 30% de contre) et les opinions publiques européennes ( 85% de « contre » pour la France)  et celle du monde arabe, le RU se situant, à mi chemin.

Les chiffres sont bien sur impuissants à rendre compte de la complexité des choix et des motivations  exprimés par ces opinions publiques. Mais on peut penser que cette évolution rend compte du fait que,  en dix ans les données économiques politiques et géostratégiques ont déjà changé :

-     En effet, en 1991 la chute de l’URSS était une donnée trop récente. L’administration américaine tient suffisamment compte de l’opposition russe pour arrêter l’opération tempête du désert, alors que la légitimité de l’action militaire était sans discussion ( assentiment de l’ONU pour libérer un pays annexé : le Koweït) ; en 2003, les EU font quasiment cavalier seuls ou en tout cas étaient disposés à le faire se souciant peu de la position russe ou de celle des nations occidentales pour ce qui est de la guerre.  Par ailleurs, trois changements majeurs ont eu lieu :

- Le changement de pouvoir aux EU : un Président républicain élu après une longue mandature démocrate, qui s’avère un succès économique, mais des revers internationaux  ( fiasco du débarquement en Somalie, échec de Clinton sur la question israélo palestinienne), On se souvient des conditions de cette élection de G Bush (2000), partant avec une faible légitimité électorale et politique, mais dépositaire d’une mission transmise par le père : « America is back ».

- Les performances d’une économie resplendissante : malgré quelques revers boursiers, les EU profitent pleinement des retombées de la nouvelle économie : la croissance est forte (+ 3 % par an en moyenne), le dogme de l’équilibre budgétaire ne se justifie plus.

- Le choc du 11 septembre 2001 qui contraint l’administration américaine à réagir , mais qui surtout justifie une radicalisation des choix et des politiques « dures » pour les faucons

 (Donald Rumsfeld Secrétaire d’Etat à la défense) face aux modérés ( Colin Pauwel Secrétaire d’Etat  aux affaires étrangères).

 

La réponse à la question « pourquoi la guerre ? » est donc complexe ; il semble opportun de choisir la méthode la plus simple :

-        Situer l’événement c’est l’insérer dans le temps et dans l’espace ;

-        c’est prendre en compte les deux protagonistes principaux : l’IRAK et les EU .

 

 Cette démarche tend dans sa conclusion, vers trois problematiques :

- L’Amérique du choc des civilisations ? ( Samuel Huttington).

- Le monde Arabe en attente de renaissance. ( Selim Nassib).

- La vieille Europe : quel rôle pour demain ? ( R Debray)

 

PLAN : 

 

Plan

 

Irak : Pourquoi la guerre ?

 

I Pourquoi l’Irak ?

 

a- Irak dans le temps long.

b- Irak depuis 1914.

 

II- Pourquoi la détermination des Etats Unis ?

 

a- Les justifications d’aujourd’hui…

b- …se comprennent par l’histoire.

 

Conclusion : trois hypothèses, trois acteurs, trois auteurs :

- L’Amérique du choc des civilisations ? ( Samuel Huttington).

- Le monde Arabe en attente de renaissance. ( Selim Nassib).

- La vieille Europe : quel rôle pour demain ? ( R Debray)

 

 

 

I- Pourquoi l’Irak ?

 

L’Irak est considéré  coupables de plusieurs fautes :

-        L’Irak a des visées expansionnistes et à deux reprises fût à l’origine de deux conflits régionaux majeurs : la guerre contre l’Iran ( 1980/1988) et l’invasion du Koweït (1990).

-        L’Irak détient des armes de destruction massive dont le régime s’est servi au moins a deux occasions : le gazage de populations Kurdes en 1988 et la répression de la population chiite en 1992.

-        La population irakienne est opprimée par un parti unique et totalitaire : le BAAS ,sous la dictature d’un seul homme et une partie de sa famille : S Hussein.

-        L’Irak serait en lien avec des réseaux terroristes, en particulier Al Qu Aïda.

 

Certains de ces faits sont avérés et ne peuvent être discutés (invasion du Koweït ou caractère totalitaire du régime), d’autres font l’objet de spéculation (armes de destruction massive, lien avec Al Qaeda), le but ici n’est pas d’analyser chacun de ces aspects mais de mettre en perspective à partir de la géographie et de l’histoire.

 

A- Irak dans le temps «long».

 

Chronologie : Irak jusqu’au 20e siècle.

 

-        L’Irak est au cœur de l’un des berceaux de l’humanité : la Mésopotamie,  les villes d’ Our ; Ninive, Babylone témoignent de cette civilisation assyrienne (fondation : - 1800 avant JC), organisée autour du Tigre et de l’Euphrate (lieu supposé de l’Eden). Le régime de S Hussein s’est voulu héritier de cette civilisation : rénovation de sites antiques, appellation de certains corps d’armée : Nabuchodonosor, Hammourabi souverains de cette civilisation.

-         De 331 à 129 avant JC Alexandre le Grand et surtout ses successeurs (empire séleucide) investissent le territoire.

-        Les Parthes (d’origine perse) prennent le relais pendant plus de trois siècles

-        Le calife Al Mans Our décide la création de la nouvelle capitale de ce califat : Bagdad en 762.

-        Les Mongols s’y installent en 1258  et sont chassés par les Turcs en 1534 (Soliman le magnifique), Ils s’y maintiendront jusqu’à l’arrivée des anglais en 1914.

 

 Ces successions de civilisations diverses permettent de comprendre l’importance de deux lectures :

-        L’Irak comme mosaïque religieuse où l’on trouve diverses composantes de l’Islam  (sunnisme et chiisme) et des minorités chrétiennes ( en particulier les chaldéens dont Tarek Aziz fait partie) :

 

Répartition des religions

 

la présence chiite étant particulièrement significative : 60% de la population, lieux saints ,présence en Iran ( la cartographie religieuse ne colle pas avec la carte politique), et chez les Kurdes, 

 

Carte Irak

 

-        L’Irak comme lieu de cohabitation entre une majorité arabe et une minorité Kurdes (Indo européen) la carte des « peuples » ne collent pas avec la carte politique

 

Carte Kurdes

 

Au total un pays avec un passé exceptionnel, mais fragile de par :

-        Toutes ces composantes , ses diversités religieuses, démographiques et surtout historiques qui  sont  appropriées pour l’édification d’une nation Irakienne « à contre » contre la Turquie, contre les anglais , mais ce n’est sans doute pas suffisant pour la constitution d’une véritable identité nationale garante d’un lien social,quelque soit les diversités ( comparaison possible avec l’Algérie) ;

-        Les convoitises liées au pétrole.

 

L’évolution de l’Irak contemporaine exprime bien ces fragilités :

 

B- Irak dans le temps «  court » : le 20e siècle.

 

1-       Première partie du 20e siècle :

1914-1979

 

On voit en particulier les conditions d’accès au pouvoir du BAAS (« hizb al bath » : parti de la renaissance arabe socialiste) , partie nationaliste , socialiste et laïc arabe , née dans les années 30 de l’initiative de trois syriens étudiants à la Sorbonne ( dont l’un, Michel Aflak est chrétien), ce courant s’oppose à celui des frères musulmans né en Egypte dans les années 20 qui préconise un islam politique pour les pays arabes. Deux pays seront concernés par le pouvoir du Baas la Syrie de Hassad et l’Irak de S Hussein.

Laïcité incarnée par le Baas (venue de France !) contre islam ? Le contentieux avec le Koweït et Arabie Saoudite, très religieux, pourrait donner crédit à cette proposition. La réalité est beaucoup plus complexe. D’une certaine façon la dictature du parti  Baas a permis, en particulier en Irak la cohabitation de deux sensibilités religieuses très opposées : sunnisme et chiisme.

 

     2- Deuxième partie du 20e  siècle.  

1980-1996

 

- La guerre Iran/ Irak directement consécutive à l’arrivée de Khomeiny au pouvoir : la laïcité irakienne contre le régime des Ayatollahs. L’occident voit en l’Irak un régime protecteur contre un risque de contamination : occasion pour la France d’établir un partenariat économique et commercial, pour les EU, de mettre en place une politique de « containment » à l’égard de l’Irak (prise d’otage à l’ambassade des EU à Téhéran), les intérêts russes sont d’ailleurs dans la région les mêmes. Ce qui n’empêchera pas les EU de saper les bases de L’URSS en soutenant la rébellion armée en Afghanistan. Le conflit entraîne la répression de minorités kurdes, soutenus par l’Iran.

 

- L’opération « orage du désert », qui entraîne un renversement d’alliance, facilité par la chute de l’URSS et l’affirmation très passagère de l’ONU comme moyen légitime de règlement des contentieux internationaux. Le conflit est suivi de la répression des Chiites du sud.

On remarque aussi  que le conflit est un révélateur de tension entre Irak et Arabie saoudite via le Koweït.

 

- Les deux conflits mettent en évidence les possibilités d’implosion de l’Irak : sous la pression des Kurdes et Chiites. Ce qui explique le durcissement du régime dans les années 90 ainsi que le projet de mise en oeuvre d’un Etat fédéral après l’actuel conflit.

 

3- Troisième partie du 20e  siècle :

1998-2003

 

Ou l’on retiendra surtout :

- La récurrence du problème Kurde (alliance des deux composantes du mouvement Kurde) et de la question chiite ( assassinat de Sadek al sadr).

- L’article 1441  de l’ONU, source d’interprétation  conduisant au conflit.

On peut s’étonner dans de telles conditions, du maintien du pouvoir De S Hussein aussi longtemps. Mais l’aura du personnage ( Saladin des temps modernes) , le système d’alliance avec les chefs de tribus ,la caution des puissances étrangères, le régime totalitaire imposé par le Baas. 

 

Dignitaires

 

 

Bilan : Irak  subit des tensions internes et est au cœur de turbulences régionales, comme le confirment les cartes suivantes :

 

1-      

Carte Irak et ses proches voisins 

 

les enjeux géostratégiques contemporains sont évidents :

-        La Turquie, encombrée par le problème Kurde et convoitant le pétrole de cette région.

-        L’Iran ennemi ( contentieux sur le Chatt el Arab)  assimilé à un Etat voyou ( par les EU).

-        La proximité de la Palestine ( S Hussein « Héros » de la résistance contre Israël).

-        Le voisinage de l’Arabie Saoudite et Koweït : rivalité sur fond religieux et pétrolier.

-        Cohabitent des Etats séculiers (Turquie ( 66,6 ) , des Etats laïcs appliquant la loi islamique sur le droit de la famille  (Maroc (30), Algérie( 30), Jordanie ( 5) Tunisie ( 10) Libye ( 5) Irak (23) Egypte (68) Syrie( 16) Yémen (18), des Etats religieux appliquant la Charia : Iran ( 70) Soudan (31) Arabie saoudite (20) . Les chiffres correspondent au poids démographique exprimé en millions d’habitants.

 

2-     

Carte Irak et ses voisins plus éloignés 

 

      Pakistan  / Inde et Etats de la CEI, musulmans et pétroliers. Autant de zones de fortes turbulences géostratégiques et géoéconomiques.

 

      3 –

Lieux saints

La cartographie des lieux saints montre que l’Irak est concerné par des turbulences internes à l’islam et entre l’islam et d’autres sensibilités religieuses.

 

On terminera cette partie sur un constat simple : L’état économique et social de l’Irak, montre que cet Etat est un  pays sous-développé.

Comparaison Irak-France

 

Il peut difficilement constituer un danger en soi. Mais il se situe au cœur d’une zone représentant de gros enjeux stratégiques qui pèsent sur l’avenir du monde.

 

II- Pourquoi la détermination des Etats-Unis ?

 

A- Les justifications actuelles …

 

1- L’administration Bush :

Faucons

 

est composée de néo conservateurs, convaincus du fait que les Etats Unis ont une mission civilisatrice à accomplir.

 

2- L’effet 11 septembre. Le retentissement est aussi fort que « Pearl Harbour », mais l’ennemi n’est pas nettement identifiable.

L’analyse de l’administration Bush,  considère qu’il existe des forces transnationales terroristes , le terrorisme de demain ressemble a des métastases malignes : Al Qaeda est partout et nulle part. Le seul moyen de l’éradiquer c’est la démocratie, (l’idéologie démocratique contre l’idéologie totalitaire qu’incarne le terrorisme). d’ou le schéma de l’expansion de la démocratie en commençant par le maillon faible , l’Irak, puis par diffusion vers la Syrie, l’Iran et l’Arabie Saoudite. Retour

Carte Voisins proches bis

 

De plus s’ajoute la légitimation de la guerre préventive : les interventions extérieures sont considérées comme indispensables pour prévenir les futures agressions sur le territoire américain. Sur ce point les divergences entre les EU etl’ONU sont fortes.

 

3- Les justifications idéologiques.

De nombreux essayistes ont pu justifier une radicalisation de la position américaine :

Robert Lieber : dans « containment has run » explique que la politique d’endiguement

( containment) via Israël, n’est plus opératoire, l’Irak constituant un danger chimique et nucléaire, entre les mains d’un individu non rationnel.

Jed Babbin dans « la menace Saddam » souligne les visées expansionnistes de l’Irak ( Iran et Koweït).

James Woolsey « vision or world war IV » considère que depuis 1979, les EU sont concernés par une 4e guerre mondiale contre les Etats islamistes mais aussi contre les Etats dirigés par le Baas. Il pose que Saddam est lié aux mouvements terroristes ; ce qui est menacé par cette alliance, ce sont toutes les libertés qui caractérisent les EU : liberté des femmes, libertés religieuses, liberté d’expression.

 Il faut enfin rappeler l’ouvrage de Samuel Huntington « Le choc des civilisations », dont les thèses sont largement partagées par les membres de l’administration américaine.

 

3- La donne du pétrole : c’est une explication importante. L’Irak est le 10e producteur mondial mais les réserves potentiels au sud, découvertes par Total Fina, sont considérables ;inversement les EU sont les plus gros consommateurs de pétrole au monde

 

Producteurs et Consommateurs

 

Mais l’enjeu pétrolier croise la réalité géostratégique, ou l’on retrouve la question turque et Kurde, les Etats pétroliers de la CEI, la volonté de réduire la position hégémonique de l’Arabie saoudite, devenue inacceptable depuis le 11/09 ; réduire la puissance de ce pays c’est aussi contrôler l’influence du Wahhabisme dans les pays arabes et les  soutiens financiers aux divers mouvements considérés comme hostiles aux intérêts américains.

 

Carte pétrole

 

4- Les enjeux économiques au de-là du pétrole : démocratie, capitalisme et croissance forment un seul et même projet. On ne débattra pas ici de l’après-guerre économique (c’est un autre sujet) mais on peut considérer que le « retour sur investissement » peut être intégré dans les stratégies anglo-saxonnes, comme le montre dés à présent l’intervention de la firme américaine Halliburton pour la reconstruction des infrastructures portuaires de Oum Qsar,  entreprise dont le vice Président Dick Cheney était le PDG.

 

4- tout cela peut permettre l’interprétation du «  1441 » :

 

Rappelant également sa résolution 1382 (2001) du 29 novembre 2001 et son intention de l'appliquer intégralement,

Considérant la menace que le non-respect par l'Iraq des résolutions du Conseil et la prolifération d'armes de destruction massive et de missiles à longue portée font peser sur la paix et la sécurité internationales,

Rappelant que sa résolution 678 (1990) a autorisé les États Membres à user de tous les moyens nécessaires pour faire respecter et appliquer la résolution 660 (1990) du 2 août 1990 et toutes les résolutions pertinentes adoptées ultérieurement et pour rétablir la paix et la sécurité internationales dans la région,

Rappelant également que sa résolution 687 (1991) imposait des obligations à l'Iraq en tant que mesure indispensable à la réalisation de son objectif déclaré du rétablissement de la paix et de la sécurité internationales dans la région,

Déplorant que l'Iraq n'ait pas fourni d'état définitif, exhaustif et complet, comme il est exigé dans la résolution 687 (1991), de tous les aspects de ses programmes de mise au point d'armes de destruction massive et de missiles balistiques d'une portée supérieure à 150 kilomètres et de tous les stocks d'armes de ce type, des composantes, emplacements et installations de production, ainsi que de tous autres programmes nucléaires, y compris ceux dont il affirme qu'ils visent des fins non associées à des matériaux pouvant servir à la fabrication d'armes nucléaires,

Déplorant également que l'Iraq ait à plusieurs reprises empêché l'accès immédiat, inconditionnel et sans restriction à des sites désignés par la Commission spéciale des Nations Unies et par l'Agence internationale de l'énergie atomique(AIEA), n'ait pas coopéré sans réserve et sans condition avec les inspecteurs des armements de la Commission spéciale et de l'AIEA, comme il est exigé dans la résolution 687 (1991), et ait finalement cessé toute coopération avec la Commission spéciale et l'AIEA en 1998,

Déplorant l'absence depuis décembre 1998 de contrôle, d'inspection et de vérification internationaux en Iraq des armes de destruction massive et des missiles balistiques, comme l'exigeaient les résolutions pertinentes, alors que le Conseil avait exigé à plusieurs reprises que l'Iraq accorde immédiatement, inconditionnellement et sans restriction les facilités d'accès voulues à la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection des Nations Unies créée par la résolution 1284 (1999) pour succéder à la Commission spéciale, et à l'AIEA, et regrettant la persistance de la crise dans la région et des souffrances du peuple iraquien qui en a résulté.

Commentaires :

 sur la paix et la sécurité internationales  :  signifie qu’en 1990, l’ONU a vocation à assurer cette fonction.

Les États Membres à user de tous les moyens nécessaires pour faire respecter et appliquer la résolution 660 (1990) du 2 août 1990 : Deux ambiguïtés : « Les Etats membres », et « tous les moyens  nécessaires. »

D'armes de destruction massive : à l’heure de la chute de Bagdad rien n’a été trouvé de significatif et on peut se demander pourquoi un régime « jusqu’au boutiste » et le dos au mur n’en ait pas fait usage.

et ait finalement cessé toute coopération avec la Commission spéciale et l'AIEA en 1998 : Il est intéressant de remarquer que c’est précisément au moment de la reprise des inspections dans les conditions prévues par les textes, que le conflit est envisagé et décidé.

et regrettant la persistance de la crise dans la région et des souffrances du peuple iraquien qui en a résulté : c’est sans doute l’aspect le moins contestable , mais qui en même temps renvoie à la question des responsabilités de ces souffrances . Elles sont certes internes ( nous l’avons vu), mais aussi liées aux décisions d’embargo, (derrière lesquelles les dignitaires du régime se sont abrités, tout en s’assurant des gros profits par le marché parallèle du pétrole, qui utilise les voies de communications turques et de jordaniennes).

 

B- …se comprennent par l’histoire.

 

1- Sur le long terme, on constate une première tendance de fond de l’histoire américaine entre « isolationnisme » , montré par la doctrine Monroe et l’interventionnisme.

La première tendance est exprimée par le Président américain J Monroe sous la forme d’une déclaration de politique extérieure des États-Unis , relative aux activités et aux droits des puissances européennes dans l'hémisphère occidental. Cette doctrine fut présentée au Congrès des États-Unis par le président James Monroe à l'occasion de son septième discours annuel, le 2 décembre 1823. Elle devint aussi par la suite l'un des fondements de la politique américaine en Amérique latine. Simple déclaration de politique sans soutien législatif, elle fut tellement reprise, interprétée et utilisée qu'elle fut élevée au rang de principe (baptisé «!doctrine de Monroe!») dès 1845 et resta vivace dans la politique extérieure américaine jusqu'à nos jours. Monroe déclara que les puissances européennes ne pouvaient plus coloniser le continent américain et qu'elles ne devraient pas essayer de renverser les jeunes républiques latino-américaines indépendantes reconnues par les États-Unis (dès 1822). Si cette doctrine concerne principalement le continent américain (nord et sud) on peut plus largement y voir une Amérique soucieuse de préserver ses intérêts nationaux : « l’Amérique d’abord ».

2-La deuxième tendance est celle de l’Amérique qui s’engage pour préserver la liberté et la démocratie et ses intérêts économiques : il n’y a pas d’incompatibilité entre les deux, bien au contraire.

La 2e guerre mondiale montre bien l’importance de ce problème : à la loi « Cash and Carry » de 1939 , qui pose la responsabilité intégrale des alliers dans le financement et le transport du matériel de guerre, succède la loi du prêt bail qui assure les livraisons avec paiement différé à l’après guerre .

On passe de la tentation isolationniste à une forme d’intervention commerciale à travers laquelle les bénéficiaires sont les obligés vis-à-vis des EU : les débouchés extérieurs seront ainsi facilités.

On trouve là une forte proximité entre les interventions et intérêts économiques qui sont au cœur du scénario actuel.

3- On semble découvrir aussi une Amérique « religieuse », dirigée par un Président sous influence des influences les plus radicales, telles que celles des évangélistes, mais cette caractéristique est mise en évidence , depuis le début du 20e siècle par Max Weber dans son ouvrage « Ethique protestante et l’esprit du capitalisme » publié en 1905. Il développe l’idée que les protestants appartenant aux sectes puritaines auraient créé un style de vie qui participe à la naissance d’une nouvelle civilisation ou l’économie , la réussite individuel , et les valeurs religieuse forment un seul et même ensemble. Il y rappelle les propos de l’un des pères fondateurs de la démocratie américaine,Benjamin Franklin sur l’argent («  souviens toi que l’argent est par nature générateur et prolifique »), il précise que la réforme ( protestante) fait de tout fidèle «  un moine dans le monde », ou encore que tout croyant est confronté à la question de l’élection ( l’élu) qui assure le salut après la mort. A la question du sens à donner à l’existence terrestre, il y a trois réponses : le fatalisme, la recherche éperdue de la jouissance ou la quête des signes de l’élection. Les sectes protestantes cherchent à légitimer la troisiéme voie et ce par le travail.

-        Si l’on ramène cette dimension au comportement de  G Bush, décrypté par G Bush cela donne ceci  :

« Bush appartient à l'Eglise méthodiste unie, mais un événement traumatique de son existence, l'alcoolisme, fut guéri par une thérapie de groupe de type  pentecôtiste , à même de transformer un chrétien sociologique en chrétien halluciné, si fruste qu'il nous paraisse.  Bush ne veut pas nous faire croire qu'il est le confident de la providence, il le croit.

Plus généralement, les Etats-Unis d'Amérique, créés par une dissidence du calvinisme, sont enfants de la Bible.  Les Founding Fathers ont traversé l'Atlantique comme les Hébreux la mer Rouge et trouvèrent des Indiens qu'ils traitèrent comme les Hébreux traitèrent, d'après la Bible, les Cananéens.  A l'origine des Etats Unis, il y a un complexe d'élection divine qui fait vivre les Américains dans l'idée qu'ils sont le nouvel Israël, avec vocation à être lumière pour les nations. Ils se sont sauvés eux-mêmes de la corruption de l'Ancien Monde aux XIIe  et XVIIIe siècles, ils ont tenté de fonder la Cité du Bien sur une terre innocente comme l'Eden, une fois purgée des Indiens.  Mais il reste le monde entier, habité par le Mal.  Il faut donc propager une conviction étrange, puisqu'elle mêle à la fois le droit au bonheur individuel et le salut de la planète, une avidité matérialiste et une grande générosité, une disponibilité, un courage, même.  C'est assez beau, mais une politique qui se réclame de la morale sans passer par le droit ni par l'Histoire est une politique dont le monde peut s'effrayer. »

 

R Debray

 

Commentaires :

-        Il y a donc bien une Amérique qui n’a rien avoir avec notre univers européen et surtout français marqué par la laïcité. Les «in God we trust » et « God bless América » marquent tous les discours du 11 septembre jusqu’à la guerre, comme une légitimation suprême et définitive des décisions prises au nom des valeurs de l’Amérique.

-        Il y a aussi une alliance évidente entre cette sensibilité religieuse, certains mouvements juifs américains et le Likoud israélien ( Sharon) : s’il est excessif de réduire la guerre à cette seule explication, c’est un élément à prendre en compte.

-        Debray pose utilement la question des liens entre la morale et le droit (justice naturelle). Il s’agit de faire du droit un instrument de légitimation des choix moraux, ou de se référer au droit, rien qu’au droit pour faire ces choix : on y trouve là l’explication centrale des débats entre la vieille Europe et les EU , mais aussi la raison pour laquelle les EU n’ont pas accepté le Tribunal pénal international, pour ce qui est de ses propres « erreurs » ((Kissinger).

 

 

Conclusion :   trois hypothèses, trois acteurs,trois auteurs .

 

- L’Amérique du choc des civilisations ? ( Samuel Huttington).

- Le monde Arabe en attente de renaissance. ( Selim Nassib).

- La vieille Europe : quel rôle pour demain ? ( R Debray)

 

1- L’Amérique du choc des civilisations ? ( Samuel Huttington).

 Un scénario géopolitique est élaboré par Samuel Huntington dans son livre de 1996 Le choc des civilisations et la refonte de l'ordre mondial, où l'on peut lire : « Il est probable que les premières années du 21e  siècle voient une résurgence de la puissance et de la culture non occidentales, ainsi que le choc des peuples de civilisations non occidentales avec l'Ouest et entre eux.

« Le choc des civilisations, ce sont des conflits tribaux à l'échelle globale », écrit Huntington. Les guerres futures seront menées entre les civilisations islamique, bouddho-confucéenne et occidentale. Il considère « la croissance démographique » comme une caractéristique des pays musulmans, qui enfantent des « recrues pour l'intégrisme, le terrorisme, l'insurrection et la migration ». Quant à l'Asie, elle est caractérisée par « l'affirmation économique », en particulier en Chine, ce qui constitue un grand défi pour l'Occident. « L'émergence de la Chine comme puissance dominante en Asie de l'est et du sud-est serait contraire aux intérêts américains. »

Le livre de Huntington reflète l'obsession de bien d'autres géopoliticiens, dont Zbigniew Brzezinski et Henry Kissinger, pour qui la seule priorité est de monter le « monde occidental » contre les pays eurasiatiques qui sont cruciaux pour le développement du Pont terrestre eurasiatique. Ils s'inspirent de l'idéologie géopolitique de Sir Alfred Mackinder qui pensait que la bataille pour le contrôle de la « masse terrestre eurasiatique » déterminerait quelle puissance serait hégémonique dans le monde.

2- Le monde Arabe en attente de renaissance. ( Selim Nassib).

 

 

Un article de Selim Nassib ( « Pour en finir avec le monde arabe ») fait référence dans un numéro récent du monde diplomatique à trois termes clés qui résument l’évolution du monde arabe depuis la seconde moitié du 20e siècle : Nahda, Nakba et Naksa :

-        Le premier terme est la renaissance sous  entendu de « l’oumma » : la définition égyptienne (de Nasser) qui fait de l’oumma la nation et la définition saoudienne qui en fait la communauté. (On y retrouve la question de la laïcité dans le Baas).

-        Le deuxième signifie la catastrophe palestinienne : les palestiniens chassés de leurs terres.

-        Le troisiéme signifie la défaite arabe lors de la guerre des 6 jours contre Israël en 1967.

La complexité du moyen Orient est résumé en ces trois termes un pacification de la région par une quelconque conversion aux valeurs démocratiques ne vaut pas grand chose sans la résolution du contentieux entre Israéliens et Palestiniens.

On peut douter de la capacité des EU à tenter de se substituer aux peuples et à leurs représentants, sans porter atteinte à leur dignité.

3- La vieille Europe : quel rôle pour demain ? ( R Debray)

 

« La guerre sainte et la croisade, l'Europe les connaît pour en avoir bavé.  Elle a expérimenté les impasses de l'aveuglement colonial.  On peut l'accuser d'être un continent vieux, usé et fatigué.  L’âge moyen de l'Européen en 2050 sera de 57 ans, contre 37 ans aux Etats-Unis d'Amérique; de façon générale, les peuples vieillissants n'aiment pas faire la guerre.  Plus fondamentalement, l'Europe est déchristianisée : elle a séparé franchement la croyance privée de l'agir public, ce que l'Amérique n'a pas fait.  Outre-Atlantique, la Constitution sépare les Eglises de l'Etat, mais pas la société d'avec Dieu.  Le président américain prête serment sur la Bible, et les réunions de cabinet commencent souvent par une prière, ce qui est impensable en France depuis 1882 (dépôt des crucifix dans les écoles, suppression des prières publiques).

Voici donc une Europe qui se révèle peut être fatiguée du jeu tragique de la puissance, mais qui n'a plus la naïveté de l'illusion messianique.  Voici une Europe relativiste, sceptique, préservée de l'emportement que donne l'investiture providentielle.  A l'heure où le danger principal n'est autre que le court-circuit entre le théologique et le politique, entre l'absolu et le relatif, j'estime que cette fatigue européenne est en phase avec les nécessités de l'heure : dire non aux enfants du bon Dieu, parler posément de problèmes compliqués sans les écraser sous un manichéisme primaire. »

 

R Debray . Télérama 2778 , 9/4/03.

 

 

 

Loin d’avoir écarté dangers et incertitudes, le conflit révèle avec plus d’acuité des questions  importantes.

-        Quid de la réaction des Etats arabes de la région ? ( Egypte, Jordanie ont déjà exprimées leurs préoccupations et souhaitées pour l’Irak, un gouvernement irakien sans administration américaine).

-        Quid de la position américaine dans l’avenir ?

-        Quid de la recomposition des alliances et par conséquent du rôle futur de l’ONU ?

 Sur ce point, le 1441, censé dire le droit est moins important que l’utilisation que l’on veut en tirer.

Ce qui se joue ce n’est pas tant le sort de l’Irak que le repositionnement géostratégique

Mondial : l’accouchement qui a commencé en 1990 continue , les autorités américaines ne s’y sont pas trompé en déclarant que l’importance de cette guerre est comparable à celle de la chute du mur. Après la redéfinition des rapports Est Ouest, c’est peut  être à une tentative de  redéfinition des rapports Nord Sud.

 

Les propos du très contre versé  Tariq Ramadan  (14/03/ 03) , soulignent cet aspect du conflit :

 «  Saddam Hussein sera bientôt renversé, les Américains s’installeront dans cette région stratégique et contrôlent directement ou indirectement les ressources pétrolières. Ils feront la bas le choix d’une démocratie de façade, sous tutelle, conscients que si le peuple irakien déteste Saddam Hussein, il n’a néanmoins aucune sympathie pour eux à l’instar de toutes les populations arabes. La victoire leur sera acquise. Il faut dès maintenant éviter de tomber dans le piége de ne mobiliser les consciences que contre la guerre. Au delà de cette dernière, de ses victimes et des centaines d’innocents qui depuis dix ans sont morts en silence, c’est bien le futur ordre du monde auquel il faut penser, A l’heure ou les gouvernements européens semblent déboussolés et incapables de proposer une politique internationale alternative, c’est aux populations de les forcer à scruter de nouveaux horizons »

En fin le caractère aléatoire des conséquences de cette guerre ne semble pas faire de doute, ce qui  confirme la pertinence des propos de R Aron : … «  Les hommes font l’histoire, mais ne savent pas l’histoire qu’ils font ».

 

 

Ph Leconte.

 

 

Auteurs cites:

 

R Aron, R Debray, S Huntington, R Lieber, Selim Nassib, Tarik Ramadan,

J Woolsey.

 

Quelques définitions :

 

Baas  (en arabe, Hizb al-bath al-Arabi al-ishtiraki, «Parti de la Renaissance Arabe socialiste»), parti luttant pour l’unité politique du monde arabe, au pouvoir en Syrie et en Irak jusqu’au 9/03/03.Le Baas aurait été fondé par un philosophe syrien, Zaki Arsouzi (1898-1968), à Antioche en 1934. Une autre tradition en attribue la création à Michel Aflaq (1910-1989) et Salah al-Din Bitar en 1944 à Damas, ces derniers étant considérés comme ses leaders historiques.

Chiites et Sunnites : les sunnites sont ainsi appelés du fait de l'importance qu'ils accordent à la Sunna, l'ensemble des paroles et des actions du prophète Mahomet que tous les croyants doivent s'efforcer d'imiter. La Sunna et le Coran sont considérés comme les deux sources principales de la loi islamique. Les chiites soulignent aussi l'importance de la Sunna, à la différence qu'ils y incluent les paroles et les actions de leurs imams, titre de l'islam désignant le plus souvent «!celui qui dirige la prière!». Il peut également signifier «!le chef de la communauté!».

Oumma :  Communauté islamique.

Kurdes : peuple d'Asie occidentale, d'origine indo-européenne, estimé à 16 millions de personnes. Plus de 7 millions de Kurdes vivent en Turquie, 6 millions en Iran, plus de 2 millions en Irak, environ 500 000 en Syrie. L'Arménie et l'Azerbaïdjan comptent quelque 300 000 Kurdes.

Evangélistes : d’un point de vue socio-historique, deux critères principaux paraissent définir l’évangélisme : l’importance de la conversation individuelle comme appropriation personnelle du salut et la prétention à l’orthodoxie défense des « vérités chrétiennes » à partir de la Bible, pleinement inspirée et seule médiatrice du salut.

Hachémites :  famille issue de la tribu arabe des Qoraych, descendante de Hachim ibn Abd Manaf, aïeul du prophète Mahomet. Les Hachémites demeurèrent les gardiens héréditaires des lieux saints de l'islam jusqu'à Hussein ibn Ali. Hussein fut chassé de La Mecque par les wahhabites menés par Ibn Séoud, qui fonda l'Arabie Saoudite. Les deux fils de Hussein, Fayçal Ier et Abd Allah ibn Hussein, fondèrent les monarchies hachémites d'Irak et de Jordanie. La première disparut en 1958, lors de la prise de pouvoir du général Kassem. Hussein Ier de Jordanie, petit-fils d'Abd Allah ibn Hussein, perpétue la seconde.

Eglise Chaldéen : église orientale unie à Rome, ayant sa propre histoire, sa propre liturgie (rites, langues liturgiques), son mode d'organisation. Elle existe dès les premiers siècles du christianisme.

 

Eglises Pentecôtistes. ensemble d'Églises se rattachant au mouvement du réveil protestant. Le pentecôtisme se caractérise par la croyance en l'expérience de la sainteté ou de la perfection chrétienne.

 

Wahhabisme : mouvement fondamentaliste islamique fondé au 18e siècle par le réformateur Muhammad ibn Abd al- Wahhab ; aujourd’hui système sociopolitique officiel en Arabie Saoudite. Ce mouvement a pour

objectif la création d’un Etat théocratique.