2 - La pertinence de la question si l'on s'en tient à
quelques critères statistiques.
Les chiffres justifient à priori d'aborder le sujet, ils
sont conformes à la présentation qu'en fait Baverez . La comparaison
s'appuie sur les années 70 : référence nostalgique à une fin
de période pseudo heureuse, érigée en mythe . Cette comparaison est-elle
justifiée ? le contexte ayant profondément changé, les chiffres
témoignent-ils de la même réalité ?
3 - Le terme « déclin » « Etat de ce qui
tend vers sa fin », ce qui correspond à l'identité et au modèle,
impose une problématique très large puisqu'elle suppose de s'interroger
sur tous les aspects qui pourraient rendre compte de ce phénomène
ou l'invalider. Puisqu'il s'agit de la France , il s'agit d'un système
complexe , dans lequel tous les éléments ; politique, économique,
culturel, démographique, institutionnel et religieux doivent être
pris en compte.
4 - Le Plan de l'exposé

• La construction du « modèle » Français. •
La France et les « menaces » extérieures ? • La France
et ses fractures intérieures. • Le refus du déclin, un dessein plutôt
qu'un destin.
(Commentaires : le « ? » du II, montre
un doute sur la pertinence de ces explications, le « . »
du III montre que les problèmes sont bien là)
I - La construction d'un modèle français.
1 - Comment caractériser ce
modèle ?

Comment visualiser cette France moderne ? on peut
identifier quelques termes clés. Certains ne concernent pas exclusivement
la France ( la famille, salariat, les syndicats) d'autres lui sont
plus spécifiques :
Un premier groupe de termes qui,
implicitement ou explicitement concernent l'Etat : liberté égalité
fraternité, , implicitement ou explicitement : Etat, intervention
économique de l'Etat, nation, centralisation . on peut donc pré supposer
ici une caractéristique forte.
Un deuxième groupe de termes qui
concernent l'économie : libéralisme éco et intervention éco de
l'Etat ; on oublie que tout le long de sa maturation économique
au 19e et 20e S la France marche sur ces « deux jambes »,
mais aussi « salariat » (aujourd'hui plus de 85% de la population
active).
Enfin des expressions font également
apparaître des clivages, des tensions : lutte des classes, droite
gauche ; valeurs religieuses et valeurs de la république.
Le terme centralisateur, en lien
avec l'Etat rappelle que l'organisation des pouvoirs publics s'inspirent
du jacobinisme , dont la départementalisation est le résultat le plus
spectaculaire.
Enfin des expressions font également
apparaître des clivages, des tensions : lutte des classes, droite
gauche ; valeurs religieuses et valeurs de la république . On
peut envisager un premier trie de ces caractéristiques avec une première
grille distinguant les permanences et les changements
2 - Permanences et changements.

1 - Ces termes expriment une continuité avant et après
la Révolution ( L'ancien régime et la révolution, Tocqueville) :
Etat, intervention économique de l'Etat, tradition interventionniste
en économie que l'on trouve dès l'ancien régime ( colbertisme, 17e
S) ainsi que la centralisation monarchique , mais aussi l'église (France
fille aînée de l'église) la famille, les valeurs religieuses. 2 -
D'autres expriment un changement, qui ne signifie pas rupture.
Certains vont de soi : l'expansion
d'un salariat misérable au 19e S , de plus en plus favorisé au 20e
S ( Prés de 90% de la pop active aujourd'hui) est une donne historique
forte qui n'est pas exclusive à la France.
mais on commence à percevoir des
singularités en situation quelques interactions entre les termes :
par exemple Innovation au contenu très chargée (non réductible à la
sciences , mais qui part de la sciences) , on peut ici insister sur
la grande influence des saints simoniens qui confèrent à la sciences
et à ceux qui la détiennent la mission de changer le monde, la société
la politique donc au cœur du contrat social incarné par la devise
« Liberté égalité fraternité ».
Ensuite on remarquera le passage
du terme Etat à celui de nation , ( « communauté politique, distincte
des individus qui la composent et titulaire de la souveraineté »),
qui s'appuie sur un patriotisme rassembleur que Ernest Renan, dans
son ouvrage « Qu'est ce qu'une nation ? » publié en
1883 , qualifie de « Plébiscite de tous les jours » .
Nous retrouvons les expressions « lutte
de classe », « droite gauche » , qui peuvent exprimer
des tensions , des contradictions fortes , constituant des moteurs
du changement social à partir d'un système de régulation. Comment
peut-on visualiser cela ?
3 - La France et ses valeurs :
la recherche de l'équilibre.

Ce qui constitue la base d'une société ce sont ses valeurs.
Le document montre que la France qui « bascule » dans la
modernité , est confrontée à travers ses permanences et les changements
qu'impose ce basculement, à un problème de « conflit » entre
des valeurs apparemment contradictoires. On remarquera :
Un télescopage entre les valeurs
issues de la société aristocratique de l'Ancien régime et les valeurs
républicaines censées incarner la modernité scientifique, économique
et sociale.
Il y a donc nécessité ( non pour
résorber mais pour réguler les tensions résultant des clivages) de
mettre en œuvre un contrat social autour des valeurs « nationales »
(susceptibles de devenir« universelles » ,qui le seront
effectivement en 45, tout au moins à travers une déclaration) représentées
par la laïcité, dont l'Etat est le garant.
Mais on remarque au sein de ce système
de valeur une contradiction qui n'a pas échappée à Tocqueville entre
« égalité » et « liberté » . En France ce sera
primat de l'égalité sur la liberté au sein de ce contrat (à la différence
des EU), ce qui justifie le choix d'un Etat centralisateur et d'un
Etat qui incarne la nation.
Plus largement cette recherche de l'équilibre s'insère
ans un modèle de régulation économique et sociale.
4 - des valeurs à la régulation
économique et sociale.
Comment peut on à partir de ces valeurs, rendre compte
de la régulation socio économique (qui tient compte des mêmes caractéristiques
du transparent 3) des valeurs à la régulation économique et sociale.

Les trois agents intégrateurs ( transmetteurs) de valeurs
sont la famille, l'école (gratuite, laïque, obligatoire), dont l'Etat
est le garant ; mais des valeurs communes (le travail)ne tendent
pas vers les mêmes objectifs :
Les enjeux tournent autour de la
notion de progrès : économique ? social ?
Le conflit porte sur la question
des richesses mais aussi plus largement sur celle des pouvoirs :
économique, social, culturel, politique ; la démocratie et la
méritocratie qui en découle, exacerbent les rivalités autour de ces
pouvoirs ( ce qui n'est pas le cas dans une société d'ordre liée à
un droit donné à la naissance).
La particularité de la France est de confier principalement
à l'Etat la légitimité de l'arbitrage et de la régulation . Dés lors
on peut commencer à soulever certains problèmes qui maintenant ont
un sens pour défendre l'hypothèse du déclin :
les agents « intégrateurs »
sont -ils encore opératoires ? cad sont-ils encore en interaction ?
à moins que des groupes sociaux « investissent » l'institution
scolaire à leurs profits ( sociologie de la reproduction : Bourdieu).
l'Etat est-il encore légitime et
opératoire, via la protection sociale pour assurer cette fonction ?
Les syndicats sont-ils toujours en
mesure de jouer leur rôle ?
Pour mesurer le degré de « fragilisation »
du modèle que l'on vient d'observer , commençons par envisager l'hypothèse
des menaces extérieures ?
II - La France et les « menaces » extérieures ?

1 - Crise du compromis fordiste,
crise du modèle français ?

Ce que l'on constate c'est que l'émergence d'un modèle
français érigé comme nous l'avons vu dans la première partie est conforme
à l'évolution économique du 20e siècle qui tend vers ce que l'on nomme
« un compromis fordiste » , c'est à dire un mode de régulation
qui s'appuie sur une conception nouvelle du partage des richesses.
Le modèle français pouvait , comme d'autre (Allemagne)
se prévaloir d'éviter le conflit entre innovation sociale et économique
(conflit vérifié au 19e S), notamment pendant les 30 glorieuses ;
un partage de la VA dans le sens d'un compromis fordiste permet d'assurer
au salariat une position de plus en plus favorable et de résoudre,
provisoirement les contradictions du système.
Le compromis fordiste est en phase avec le modèle français
et le consolide.

La lutte contre l'inflation, la globalisation financière
internationale remet en cause la régulation précédente : Les
politiques de désindexation ont remis en cause la politique d'augmentation
salariale. Les grandes entreprises face à l'intensité de la concurrence
internationale, aux contraintes de compétitivité et donc de restructuration,
sont tenues d'ouvrir leur capital ( croissance externe), en sollicitant
les marchés financiers déréglementés et décloisonnés ( Globalisation
financière. Définition : « désigne l'état très poussé qui
caractérise les marchés des capitaux dans l'économie mondiale. »).
Cela contraint une alliance entre les GE et leurs actionnaires organisées
en fonds de pension qui exigent une rentabilisation de leurs apports :
ce nouveau partage du pouvoir correspond à « la gouvernance d'entreprise ».
Le compromis fordiste ne tient plus, l'emploi et les salaires deviennent
des variables de plus en plus flexibles. Au capitalisme industriel
succède un capitalisme patrimonial.
Dans quelle mesure ce scénario perturbe-t-il particulièrement
le modèle français ?
Le monde de l'entreprise s'est plutôt
bien adaptée , un certain nombre de secteurs ont pu même trouver des
opportunités de développement , l'automobile, la grande distribution,
traitement de l'eau, restauration de collectivité ( sodhexo), l'aéronautique
etc…
La variable sociale souffre :
la dégradation de la condition salariale est en partie liée aux contraintes
extérieures.
La légitimité de l'Etat est remise
en cause, de par son impuissance à faire face par exemple aux délocalisations.
Ces évolutions mettraient donc à mal deux fondements de
l'organisation à la française : l'égalité face au travail, et
l'action de l'Etat.
2 - Puissance économique et
souveraineté nationale : la rupture ?
Jusqu'aux années 70 , l'idée d'une juxtaposition quasi
parfaite entre territoire nationale, sociale et économique pouvait
être défendue et même constituer un projet politique : la mise
en place de la nation, forge une citoyenneté constitutive d'une société
qui elle même s'incarne dans une économie nationale. La politique
industrielle (et la planification) et surtout la nationalisation incarne
bien cette volonté de soumettre les forces économiques et financières
au service de la nation ; Cette volonté a pu se décliner différemment :
Colbertisme de haute technologie
avec De Gaulle dans les années 60.
Recherche de l'indépendance énergétique
par le choix du nucléaire civile.
Recherche de l'indépendance stratégique
par le choix du nucléaire militaire.
Nationalisation de pans entiers de
l'industrie et surtout de la banque par la gauche en 1981.
Depuis le grand virage de 1983 (qui correspond aussi,
ce n'est pas un hasard, à la modernisation de la bourse en France),
la connexion entre ces trois « territoires » s'accélère.
Soit par acquisition d'entreprises françaises par des entreprises
étrangères ( PUK absorbé par Alcan), soit par acquisition d'entreprises
étrangères par des groupes français ( Nissan et Renault), soit par
des alliances ( Thomson : TCL). Ce qui marque aussi cette déconnexion
c'est l'accélération du mouvement des IDE vers l'extérieur et inversement
vers le territoire français ( grand succès pour la France deuxième
pays d'accueil après la Chine). Il faut observer le même phénomène
entre le « territoire social » représenté par les syndicats
et les territoires économiques représentées par les grands entreprises :
les syndicats sont particulièrement présents là ou la pression de
la mondialisation est , pour l'instant atténuée : fonction publique,
SNCF, EDF. Le décalquage entre entité économique, sociale et politique
est représentatif d'une situation de « no man's land » historique
évoquée par J. Attali.
3 - L'hypothèse de la pression
de la mondialisation sur les systèmes sociaux.
On peut envisager ici les systèmes sociaux au sens large :
retraite santé, éducation , culture en particulier.

Le thème de la menace sur ce qui constitue le cœur même
de nos spécificités et de notre identité est tout à fait à la mode
, faute de pouvoir tout aborder contentons nous de quelques propos :
La problématique d'un système social
c'est d'abord celui de son financement, la responsabilité de la contrainte
mondiale pourrait ici s'apprécier à deux niveaux : une partie
des sources financières sont prélevées au niveau du travail ( cotisations),
tout alourdissement des cotisations grèvent la compétitivité des entreprises
ou peut les encourager à délocaliser ; compenser par un prélèvement
sur le capital rencontre les mêmes limites : le risque d'une
fuite des capitaux vers l'extérieur , dans un contexte de totale liberté
de mouvements des capitaux. Les marges de manœuvre sont donc étroite
( ce qui a incité l'actuel gouvernement à faire le choix de la facilité
pour les retraites en allongeant le temps de travail).
La menace sur la culture est atténuée
par la clause d'exception culturelle obtenue à Marrakech en 1993,
malgré ses imperfections , elle a permis la sauvegarde de la production
cinématographique française ( que l'on doit aussi, il est vrai, au
dérapage du système des intermittents du spectacle.)
La menace sur le système éducatif
est largement démesurée, les volontés de décentralisation certes discutables,
ne peuvent être interprétées comme un glissement vers une situation
de marché à l'américaine. De plus les français ont déjà ce choix,
qui n'est pas arbitré par les lois du marché, puisqu'il s'agit du
choix entre école public et école privée sous contrat.
La menace extérieure sur la retraite
est aussi à nuancer : Il est prématuré d'envisager une victoire
du système par capitalisation (assurance individuelle et privée) à
l'américaine sur notre système par répartition au moment ou le caractère
très heurtée de l'évolution des cours boursiers confèrent un rendement
aléatoire aux produits financiers (ENRON). En fait on sait que le
facteur principalement déstabilisant est démographique ( en ce cas
c'est plutôt l'ouverture à l'extérieur par la voie d'une immigration
jeune et productive qui pourrait être une solution).
4 - L'hypothèse de l'affaiblissement
des positions diplomatiques extérieures.
Oui…
L'incapacité de la France à agir
seule , comme tous ses partenaires européens sur des terrains diplomatiques
ou militaires
Non…
La France au sein des organismes
internationaux( membre permanent du Conseil de Sécurité)
La France face aux EU
La France une puissance nucléaire
« A coté de l'unique superpuissance
américaine, existe en fait une dizaine d'Etats qui répondent à la
définition de la puissance dans la mesure ou ils peuvent plus ou moins
influer sur la politique menée par les autres pays. Aucun d'entre
eux ne joue cependant sur la gamme complète de la puissance. Pas plus
la France que les autres. Mais lorsque l'on détaille les différents
critères objectifs de puissance, on constate qu'ils sont favorables
à la France : puissance réelle sur le plan économique et commerciale,
puissance technologique, militaire et culturel. » Pascal
Boniface. Directeur de l'IRIS ( Institut des Relations Internationales
et Stratégiques)
Conclusion / transition
La menace extérieure est suffisamment ressentie pour que
la France d'aujourd'hui soit fortement exposée à ce que A. Duhamel
nomme les « Quatre formes de pathologie nationale » ( « Le
désarroi français » Plon 2003)

Face aux incertitudes le repli de l'opinion peut s'envisager
de la manière suivante :
La nostalgie souverainiste concerne
ceux qui estiment que la France a déjà trop céder au nom de sa participation
européenne et de la pression mondiale : l'abandon du franc est
emblématique ; (De Villiers, Pasqua, Chevènement).
Le corporatisme conservateur, selon
Duhamel incarné par les groupes à statut privilégié , défendant leurs
privilèges (SNCF)
L'archaïsme anti mondialiste :
comportement d'arrière garde de ceux qui estiment que l'identité française
est soluble dans la mondialisation (J Bové).
Fascination pour le libéralisme anglo
saxon incarnée par une partie des managers français ( Jean Marie Messier),
mais aussi certains créateurs d'entreprise et salariés.
Au total le fait d'accuser l'extérieur de tous les maux
dont souffre la France, hormis le fait que cela est excessif, représente
un continuum dans le comportement d'une France néo malthusienne que
l'on a déjà connue dans les années 30. Surtout cette inquiétude structure
une partie de l'opinion entre « souverainistes » dénonçant
le fait que la politique n'est plus décidée à Paris , les anti ou
les alter mondialistes qui considèrent les FMN et les BMN comme responsables
du marchandisation du monde ( J Bové « Le monde n'est pas une
marchandise » la Découverte 2000). Pourtant une lecture qui consisterait
à opposer les intérêts nationaux aux nuisances venus de l'extérieur
n'est pas suffisante : ces tensions et ses contraintes sont par
contre de puissants révélateurs de dysfonctionnements propres à la
France.
III - La France et ses menaces intérieures.

1 - La fracture sociale ?
a - Qu'entend-on par « fracture » ?.
On connaît la récurrence du propos médiatico politique
sur cette fracture : sociale( campagne électorale présidentielle
Chirac de 1995) urbaine et culturelle, (discours de Valenciennes Chirac
10/2003). Aux termes de « lutte » ou de « conflit »
se substitue celui de « fracture ».
Les deux premiers termes induisent
une opposition qui entraîne une régulation ; c'est ainsi que
se déroule , comme nous l'avons vu , le processus de changement social
conduit par cette opposition.
Le deuxième terme suppose la cohabitation
de plusieurs mondes qui ne sont plus en liens , cette situation est
bien plus périlleuse car les moyens de régulation « traditionnelle »
sont déficients, l'attente vis à vis de l'Etat est d'autant plus forte
et l'éventuelle inefficacité de son action accentue sa perte de légitimité.
Au terme fracture, il faut ajouter celui d' atomisation
au sein des catégories sociales (classe ouvrière) ceci multiplie les
cas de « désaffiliation » (Castel) , dissémine des ensembles
de population que l'on croyait homogène (la « galaxie RMI »
Paugam).
b - Causes et incidences de la fracture
et de l'atomisation de la société.
On peut envisager plusieurs pistes : • Celle du monde
du travail :
Le clivage population active occupée
/ population active aux chômage ( 10% de la population active), qui
masque en fait d'autres clivages.
Celui qui oppose les chômeurs de
longue durée et ceux en simple transit.
Ou encore celui qui oppose les salariés
à statut précaire et ceux à statut stable
Dés les années 80, des auteurs rendent compte de ce danger :
« Toujours plus » F de Closets (livre de poche 1984) « La
France à deux vitesses » L Stoleru (Flammarion 1983). • Celle
de la technologie : la fracture numérique, qui correspondrait
à la mise à l'écart de tous ceux qui n'utilisent pas les NTIC. • Celle
qui est liée au développement urbain , par le phénomène des banlieues
( les zones de non droits) frontière urbaine qui souligneraient les
frontières culturelles voir ethniques ou religieuses, autre fracture
souvent retenue (sociologues de Chicago). • Celle liée aux écarts
de qualification et de degrés d'employabilité.
Il faudrait là un deuxième exposée pour confirmer la pertinence
de toutes ces observations et en évaluer les interactions, et un troisiéme
pour analyser les facteurs. L'important est plutôt ici de souligner
le fait que l'ancien monde social implose sous ces différentes contraintes,
comme nous avons commencé à le voir dans la première partie . Au delà
de l'exemple classique de l'implosion de la classe ouvrière, on peut
revenir sur la classe moyenne : Nous l'avons vu, elle incarne
la méritocratie, principal ressort du changement social dans les sociétés
démocratiques. La dégradation des positions socio économiques pour
une partie d'entre elle se traduit par une crise de confiance vis
à vis des acteurs sociaux susceptibles de promouvoir la promotion
sociale par le mérite, en particulier l'école.
« Jusque dans les années 80, on assistait
à l'émergence de la société salariale, marquée par la figure du salarié
stable en CDI, auquel des droits sociaux nouveaux s'ouvrent au long
de la trajectoire de travail. Le débat des années 70 est celui des
« nouvelles classes moyennes » salariées, du public et du
privé, rétribuées autour de 1500 de nos euros, classes qui supplantent
les « anciennes classes moyennes » agrégeant fonctionnaires
et petits commerçants. La dynamique de moyennisation était leur fait
(thème au cœur des discours politiques en particulier ceux de Chaban
Delmas ou de VGE dans les années 70). Que s'est-il passé à partir
des années 80 ? D'une part, la part des salaires s'est effondrée
face aux profits dans le,partage des revenus. La croissance des salaires
est bloquée autour de 0,5 % par an, de sorte que le temps de doublement
du revenu, qui était d'une vingtaine d'années en 1960, est multiplié
par cent ! Le blocage de l'ascenseur social provient aussi de
cette dynamique. Désormais, au sein des classes dites moyennes, il
y a deux destins possibles. D'abord, celui de gens qualifiés, mais
dont les revenus stagnent. Ceux-là rencontrent des difficultés à transmettre
leur statut social à leurs enfants. Ensuite, il y a une classe moyenne
en voie d'enrichissement : des indépendants, des salariés ayant
accès aux stock-options. Ceux-là sont en mesure d'accumuler un patrimoine
de haut niveau qui leur permettra de transmettre leur statut social
à leurs enfants, notamment en leur offrant un accès aux lycées sélectifs
du centre ville . » Louis Chauvel maître de conférences à
l'IEP de Paris. SH 01/20
2 - Face à cette situation,
la crise des institutions ?
a - Un Etat trop centralisé : tradition
jacobine (départementalisation) , manque d'aptitudes pour l'exercice
du pouvoir régional.
« Les bilans et enquêtes le montrent
d'abondance : aux niveaux les plus décentralisés, il est parfois
fort difficile de collaborer entre services différents, d'éviter les
effets de domination de certains partenaires (les responsables politiques
locaux , par exemple) si ce n'est plus fondamentalement de rompre
avec une culture jacobine toujours prégnante (prise en main directe
, par exemple , de dossiers sensibles par le cabinet du ministre aux
dépens des administrations locales compétentes. » M. Lallement
Sociologue au CNAM. Sciences Humaines HS n° 39 01/2003.
On trouve une réelle résistance à l'idée même de décentraliser
(ex : éducation nationale), l'Etat centralisateur étant considéré
comme garant du maintien de l'unité de la France (préoccupation historique),
donc comme seul légitime pour assurer la permanence des missions dévolues
à l'administration ;
Cette inaptitude est lourde de conséquences quand les
administrations centrales deviennent trop lourdes et que les administrations
locales décalées , dans leurs pouvoirs, par rapport à leurs homologues
européens. (expl : M. Malvy / J. Pujol).
b - Crise des élites, crise de légitimité ?
« L'ère des grands serviteurs désintéressés
de l'Etat, s'est refermée. Les élites se sont peu à peu mises à ressembler
à la noblesse d'Ancien Régime, cumulant trop de privilèges et pas
assez de services. Il y a dans ce constat objectif un des points centraux
du malaise politique français. La critique des élites touche encore
juste quand elle vise l'extrême uniformité de celles-ci. On sait bien
que les dirigeants d'entreprise, comme les hauts fonctionnaires ou
les hommes politiques, ont été formés dans un très petit nombre d'écoles
communes (ENA, Polytechnique, HEC, etc.). Ce qui était une force au
temps où un modèle centralisateur dominait devient une faiblesse et
une cause de mécontentement dans une société civile plus autonome.
Le modèle sociologique, culturel et même intellectuel qu'incarnent
les élites s'est ainsi progressivement trouvé décalé par rapport aux
évolutions de la société. Des affaires comme la déroute du Crédit
Lyonnais ont ainsi justement conduit à dénoncer les effets pervers
de l'esprit de corps au sein d'élites trop homogènes et n'ont fait
qu'accélérer la perception de ce décalage. La perception des élites
comme caste séparée a, par ailleurs, été d'autant plus forte que l'homogénéité
de celle-ci contrastait avec une opacité sociale croissante. On touche
d'ailleurs là à ce qui fait figure d'emblème de l'inégalité moderne :
l'imaginaire politique assimile désormais les élites à la catégorie
de ceux qui n'ont pas compris le poids des difficultés quotidiennes
de la population parce qu'ils ne les vivent pas. A côté d'un « peuple »
vivant dans le présent, les élites vivent hors du temps. »
(1)
JP Fitoussi, P Rosanvallon « Le nouvel âge des inégalités »
Seuil 1996
(1) CF Pareto : « l'histoire est un cimetière
d'aristocraties »
c - L'école : déficit démocratique ?
des missions et des réalités qui ne sont plus en phase
avec les attentes individuelles. Deux exemples montrent que les attentes
subsistent mais qu'elles peuvent être déçues :
- L'espoir...
« N… appartient à cette génération,
comme tous les jeunes que j'ai interviewés dans mon enquête. Alors
élève de première ES, il m'explique, début juillet 1992, les raisons
pour lesquelles il n'a pas aimé son dernier sujet de dissertation
de sciences sociales qui évoquait la rigidité de la transmission du
statut social de génération en génération : « Franchement,
il m'a écœuré ce sujet, il m'a pas inspiré du tout... Chacun fait
ce qu'il veut...Si l'autre ne veut pas faire comme son père il a le
droit... Moi je 1'ai compris comme ça le sujet : "Tel père, tel
fils ! " Moi, je me suis dit : pourquoi ça, « tel père,
tel fils ?" Dans ma dissert', j'ai fait le pour et le contre
et, en conclusion, j'ai dit non [il réfléchit] : "J'ai dit non,
grâce à l'école en particulier. Si quelqu'un veut faire quelque chose
de différent, il a le droit, il est pas obligé de prendre obligatoirement
le même chemin que son père... " [Et comme pour lui-même] Non, non...
Regardez : moi, mon père il était ouvrier... Moi je sais que
même s'il était à Peugeot, je n'aimerais pas y travailler parce que
quand j'y ai travaillé l'an dernier, une semaine, au nettoyage, j'étais
écoeuré. Ah, mais y a trop de m…. ! Y a trop de saleté là-dedans !
Franchement !... Ils nous donnent une spatule, je crois que ça
s'appelle comme ça, et on gratte comme des fous, toute la journée...
[Je lui précise qu'à l'usine on peut être aussi ajusteur, soudeur,
avoir une qualification... il me coupe]. Mais même ! La chaîne,
le bruit la poussière,la saleté, ça m'intéresse pas. Non,.franchement,
j'aime pas. C'est l'aspect de l'intérieur qui ne va pas. Tout ce qui
est matériel, ça ne m'intéresse pas. Une machine, un robot... Oh,
non ! Moi, il me faut un bon bureau, des papiers, un stylo, c'est
ça mon rêve. Même les copains, ils voudraient pas passer encore leur
vie à l'usine. Avant on disait qu'il v avait que ça [l'usine], il
n avait presque que ça. Maintenant, non... Maintenant il y a l'école
pour nousaiderà être très haut... Cadre... Franchement, c'est pas
mieux ça !... »
M Beaud , Sociologue , maître de conférences à l'université
de Nantes. SH 01/2003.
- La réalité...
« L'allongement de la scolarité au
fil des décennies avait créé l'espoir d'un changement de catégorie
sociale d'une génération à l'autre. Aujourd'hui le pourcentage d'élèves
arrivant au niveau du baccalauréat s'est stabilisé, le nombre des
bacheliers aussi, comme si un maximum avait été atteint. Or, sur ce
plan-là, les inégalités demeurent massives : 80 % des enfants
d'enseignants ou de cadres obtiennent le baccalauréat, un tiers des
enfants d'ouvriers qualifiés y parvient. Les inégalités culturelles
demeurent les plus vivaces de toutes. On le voit avec les enfants
d'immigrés musulmans, on le vérifie avec les enfants des salariés
modestes. La reproduction sociale passe d'abord par les inégalités
de formation, de diplômes et de concours. Cela pèse lourd dans la
société de défiance qui s'esquisse. »
A Duhamel « Le désarroi français » Plon 2003.
Les propos d'A Duhamel, confirme les analyses que l'on
doit à la sociologie de la reproduction ( « La reproduction »,P
Bourdieu JC Passeron , édition de Minuit 1970 sur l'école ; « Tel
père tel fils » Cl Thélot, Dunod 1982 sur la mobilité sociale).
3 - La crise politique :
le choc de 2002.



Mise en perspective :
« La France a besoin d'une actualisation
de son modèle politique, de sa tradition historique et de son identité
culturelle. C'est cette adaptation, cet aggiornamento (adaptation
à l'évolution du monde, au progrès)qu'elle ne réussit pas à faire.
A droite le libéralisme reste inavouable parce qu'on pas trouvé le
modèle libérale à la française, comme le montre la marginalité à la
A Madelin ; à gauche, la social démocratie moderne est inavouable,
voire impensable. Je vois deux raisons à cette impuissance. D'une
part , et c'est propre à la France, le poids des attentes envers l'autorité
et la puissance publique. D'autre part, le poids prolongé des extrêmes :
l'extrême droite incarne une espèce de surmoi national assez surplombant
pour que la droite libérale n'ose pas s'avouer libérale ; de
la même façon, la gauche de gouvernement est sous l'influence de cet
autre surmoi de la rupture sociale incarné par l'extrême gauche. Le
discrédit exceptionnel des gouvernements français réside donc, profondément,
dans le fait qu'ils ne peuvent pas avoir le discours de leur pratique. »
M. Gauchet « Le Monde » 3/10/03
« Les symptômes sont clairs :
la France est le pays d'Europe dans lequel l'abstention est la plus
forte, la participation aux partis politiques, aux syndicats la plus
faible. Alors que c'était le pays des passions politiques , le débat
idéologique y est devenu indigent ou médiocre. Pourquoi ? la
crise du politique est beaucoup plus le reflet de la crise de la société
que l'inverse. Ce qui est en amont, ce sont les dérèglements de la
société c'est à dire ce qui touche à l'intégration, à la marginalisation,
au chômage , aux échecs scolaires . Il y a une sorte de chaîne :
d'abord la crise économique puis ses conséquences sociales puis la
crise de l'autorité. » A Duhamel « Le Monde » 3/10/03
4 - La crise identitaire :
la redéfinition des liens entre l'individuel et le collectif.
La question de l'identité est très vaste je propose un
« plan serré » sur les liens entre l'individuel et le collectif.
a - La France du 19e siècle à la fin
du 20e siècle se construit sur deux tendances : individualisation
et la mise en œuvre d'un nouveau cadre collectif ;
Du coté de l'individualisation on
tire de l'influence des philosophes du siècle des lumières l'individualisme
triomphant comme réponse à la monarchie absolue ; Pour cette
raison, L'individualisation est à attacher aux valeurs inscrites depuis
plus de deux siècles dans la déclaration des droits de l'homme (1789
puis la déclaration universelles des droits de l'homme ,en 1948, dans
le cadre de l'ONU). Elle débouche sur la multiplication des droits
de l'individu (droit à la protection sociale, au travail etc..) mais
aussi sur l'expression d'un jugement individuel, d'autant plus que
le niveau d'instruction augmente ce qui explique l'apparition d'une
« culture critique ».
Du coté du collectif au delà du fait
que les individus deviennent des citoyens membres d'une collectivité
nationale, precisemment parce qu'ils disposent des mêmes droits, des
groupes sociaux se constituent résultant de l'industrialisation et
de l'urbanisation : cols blancs et cols bleus ( terminologie
de la sociologie américaine), classe ouvrière ou bourgeoisie, PCS
les termes ne manquent pas pour identifier ces groupes sociaux . le
résultat est que : « Chacun avait le sentiment que les normes sociales
et les institutions communes le servaient et l'aidaient à conquérir
sa place » Fitoussi Rosanvallon « Le nouvel âge des
inégalités ».
Le lien entre l'individuel et le
collectif est assuré par les institutions : l'Etat , en particulier
par l'école, mais aussi par les groupes sociaux eux même, de sorte
que : « Pendant longtemps la référence au
collectif a été un moyen fondamental de satisfaction des besoins individuels »
idem.
b - De nos jours , l'avenir des individus
n'apparaît plus lié à un destin commun, les croyances et les normes
collectives s'effritent, ceci pouvant entraîner plusieurs conséquences :
Ce que H Riffault (« Les valeurs
des français » publié en 1994.), nomme « la relativisation » :
chacun a tendance à procéder à une lecture personnelle de ce système
de valeur. Ce qui produit un double effet contradictoire : Une
montée de la tolérance, un renouveau de besoin de croyances qui explique
en partie le succès des sectes.
Surtout chacun n'est pas seulement
tenu de construire plus individuellement son existence , mais aussi
doit donner un sens plus personnel à sa vie : la gestion de l'incertitude
est transférée du groupe à la famille.
« Les idées contemporaines veulent
que l'individu soit, en quelque sorte, responsable de tout ce qui
lui advient, en positif comme en négatif. Pour les 10 % de membres
des classes moyennes supérieures, la perspective est flatteuse. A
l'inverse, beaucoup de gens sont ainsi amenés à intérioriser les causes
de leur propre échec. On peut considérer que c'est une doctrine partagée
de manière diffuse par toute la société. Mais c'est, avant tout, l'idéologie
des gens qui ont les moyens de vivre avec. Que se passe-t-il lorsque
cet individualisme se répand chez les gens qui n'ont pas les moyens
économiques, psychiques ou culturels suffisants pour l'assumer :
c'est une catastrophe. L'atomisation qui en résulte- Robert Castel
appelle cela « l'individualisme négatif »-est propice à
une déstabilisation de fond de la personne, dont l'agressivité intériorisée
(les conduites suicidaires) ou extériorisée (la délinquance) sont
des symptômes collectifs parmi d'autres. Poser l'autonomie comme règle
d'existence sans en fournir les moyens peut être assez criminel. »
Louis Chauvel maître de conférences à l'IEP de Paris. SH 01/2003.
c - Cela permet de comprendre l'importance,
mais aussi la fragilité des réponses vis à vis de cette dégradation
des rapports entre l'individuel et le collectif , cela peut donner
le pire comme le meilleur :
La famille devenu tout à la fois
l'espace de ré enchantement du monde, d'un point de vue des liens
affectifs, la sphère privilégiée d'expression de l'acte gratuit (
non marchand), le havre de paix face à un monde hostile ; les
déceptions sont proportionnelles aux attentes, ce qui s'expriment
par un taux de divortialité proche de 50 % en milieu urbain, mais
aussi de façon plus positive les nombreuses façons de « décliner »
les unions hors mariage , jusqu'aux réseaux de solidarité entre familles
recomposées.
La montée des mouvements associatifs,
la mobilisation autour des grandes questions socio- économiques :
l'école , la santé, la justice etc… Cette volonté de participation
directe s'explique aussi par le déclin des représentations institutionnelles
classiques comme les syndicats.
L'interpénétration « non balisée »
entre l'individu et le collectif : voyeurisme et exhibitionnisme
de la télé réalité.
Les menaces certes exacerbées par la pression extérieure,
sont surtout propres à la France. Elle donc pas dans l'impuissance
pour envisager un redressement.
IV - Le refus du déclin, un dessein plutôt qu'un destin.
1 - La France a un avenir.
a - La France ne manque pas d'atouts :
« Malgré ses épreuves et ses travers,
malgré l'affaiblissement de son rôle international, malgré sa perte
objective de puissance, malgré ses six millions de pauvres et ses
quelque 10 % de chômeurs, La France demeure la quatrième ou la cinquième
économie mondiale. Sa démographie reste honorable, son système social
est l'un des plus protecteurs, l'un des plus généreux du monde. La
productivité de ses travailleurs - trop peu nombreux certes par rapport
à sa population adulte - est brillante. Ses grandes entreprises occupent
un rang flatteur sur le plan international. Si son système de santé
lui coûte horriblement cher, il passe pour être l'un des meilleurs,
peut-être le meilleur. De l'avis des investisseurs étrangers, la France
est le pays européen où il est le plus agréable de vivre, grâce a
sa beauté, sa culture, mais aussi grâce à l'efficacité de ses services
publics, à la qualité de ses cadres. La France n'est-elle pas à la
fois la première destination touristique du monde, mais encore, l'an
passé, la deuxième destination (derrière l'immense Chine) de capitaux
qui ne se déterminent pas par sentimentalisme ? » A
Duhamel « Le désarroi français » Plon 2003.
On pourrait d'ailleurs ajouter à cette liste un taux d'épargne
parmi les plus élevé au monde ( 18%).
Ces propos sont en grande partie confirmée pas Seiichiro
Adachi , Président de Toyota France qui justifie l'implantation à
Valenciennes : « trois raisons nous ont fait préférer l'Hexagone :
la situation géographique, l'infrastructure performante et des ressources
humaines de qualité ».
On remarquera que les deux derniers arguments sont à associer
à ce que les économistes appellent les externalités positives produites
par l'Etat.
b - Quelques pistes pour éviter de céder
à la sinistrose.
La modernisation de la vie politique,
on y tend ( la limitation du cumul des mandats, et de la transparence
du financement des partis politiques.) mais le travail de réduction
du fossé entre les élus et les citoyens est à venir : rajeunissement
et parité H/F peuvent y contribuer.
La responsabilisation des acteurs
économiques et sociaux pour permettre la continuité du système de
santé publique.
Une administration plus efficiente
pour assurer dans de meilleures conditions sa mission de service public,
ce qui suppose de la part de ces administrations de respecter les
conclusions émises annuellement par la Cours des comptes : la
vraie problématique de l'impôt n'est pas celle de son volume mais
celle de la transparence quant à son usage.
Une valorisation des professions
liées à des fonctions sociales et éducatives, en particulier dans
les zones sensibles.
Un élargissement de l'assiette de
PO , afin d'alléger les contraintes sur le travail.
Le développement des moyens en matière
de recherche et de formation universitaire.
La promotion du monde associatif.
Le renouveau économique et entrepreneuriale :
dynamisme des PME et entreprises citoyennes.
La responsabilité citoyenne :
s'informer, agir plutôt que subir ( D Méda suggère de développer de
nouveaux espaces publics où pourra s'exercer une activité politique
refondant le lien social).
La politique n'est pas réductible
à quelques principes de bonne gestion et elle doit être évaluée dans
le champ de la démocratie. La France a sur ce point la possibilité
de réactiver les dispositifs de régulation dont elle dispose encore
, en particulier à partir du paritarisme (recours aux organismes paritaires)
et d'une modernisation de l'action syndicale.
2 - L'opportunité européenne
un dessein, plutôt qu'un destin...
La France au 19e S et début 20e S
est partie prenante d'une domination européenne du reste du monde,
la condition de cette domination est la rivalité avec les autres pays
d'Europe : le reste du monde n'est que le prolongement hors Europe
des dissensions internes à l'Europe. La France ne s'appuie pas alors
sur un projet de domination économique (comme le RU, ou la l'Etat
est au service de la puissance économique) ou sur une expansion politico
culturelle (comme l'Allemagne ou la puissance économique est au service
de l'Etat), mais sur un ordre supérieur , celui des valeurs universelles
(c'est une grande victoire pour la France que de se réinsérer dans
le concert des grandes nations, entre autre par ce biais avec la déclaration
universelle des droits de l'homme et du citoyen en 1948).
Aujourd'hui, les liens se présentent
différemment, le replacement de l'Europe sur la scène mondiale suppose
que la France accepte d'être partie prenante d'une entité supra nationale
européenne : la problématique du déclin de la France relève encore
d'une propension nombriliste à définir son avenir à l'aune de ce qu'elle
fut. Les imbrications en particulier économique et monétaire sont
telles que les difficultés nationales, quelle que soit leur nature
exigent une réponse européenne. Cela ne signifie pas un abandon de
nos spécificités ; le repli identitaire s'appuie sur le fait
qu'il n'y pas de compatibilité entre l'identité de la France et celle,
en gestation lente de l'Europe, et c'est pourtant notre seule issue
que d'accepter cette dernière option. Le fait qu'elle ait obtenue,
dans le cadre de l'OMC, une clause d'exception culturelle, pour elle
même mais aussi, du même coup pour tous les pays européens montre
cette compatibilité entre identité nationale et européenne. De plus
la France fut dans l'histoire de cette construction de l'Europe, à
l'initiative des grandes réalisations : la Pac, l'euro, la mise
en œuvre progressive d'un espace judiciaire et policier. Le risque
aujourd'hui serait la tentation du replis : la France est devenue
la mauvais élève de l'Europe quant aux applications effectives des
règles européennes en matière d'environnement par exemple.
La position de la France à l'égard
de l'Europe témoigne assez bien de cette de difficulté à renoncer
à sa pleine souveraineté d'antan tout en lançant des initiatives :
l'euro confère de réelles avantages économiques ( 60% de nos échanges
extérieurs sont intra européens et donc totalement débarrassés de
la contrainte de taux de change), mais est inévitablement lié à un
pacte de stabilité (les fameux 3%) qui est la condition du maintien
de la valeur de l'euro. La France se trouve en flagrant délit de contradiction
quand elle tire avantage du premier dispositif (l'euro), sans assumer
les inconvénients du second ( la maîtrise des déficits publics).
Le legs historique et la mécanique
économique qu'il a induit ne permet pas d'envisager un retour en arrière :



La difficulté de la France à se positionner
dans cette Europe qu'elle a largement contribué à créer est bien rendu
compte par M Gauchet. « Les Français ont longtemps
été convaincu que l'Europe serait la France en plus grand et en plus
fort ; cet horizon était devenu une sorte de remède au mal national.
Ils sont en train de s'apercevoir avec surprise et douleur qu'une
grande partie de l'Europe ne pense pas comme eux. »
Conclusion
a - Réfutation du déclin.
La France est régulièrement agitée par de grandes secousses :
1848, 1870, 1898 (affaire Dreyfus), 1942 (Vichy), 1968, qui témoignent
de l'existence des menaces internes et externes la règle général ce
n'est pas le statut quo mais le mouvement. L'hypothèse d'un déclin
(« Etat de ce qui tend vers sa fin ») est fortement contestée
par l'histoire longue : les occasions furent nombreuses en particulier
dans les années 30 de procéder à ce diagnostic qui jusqu'à présent
s'est avérer faux. La question d'actualité n'est donc pas celle du
déclin de la France, mais plutôt la capacité de ses moyens de régulation
face aux défis actuels. « La France est un pays qui ne fait des
réformes qu'à l'occasion des révolutions » prétendaient de Gaulle.
La France est donc en train de tester son aptitude à réformer sans
révolution et ce au sein de l'Europe. Pour échapper au déclin, il
faut d'abord commencer par éviter une approche nombriliste et culpabilisée,
en rappelant que la France est concernée par ces défis au même titre
que de nombreuses autre sociétés.
b - Ulrich Beck :la société du risque.
Commentaires généraux à partir de Ulrich Beck : « Société
du risque » et « Pouvoirs et contre pouvoirs dans la mondialisation »
(Mythe de Prométhée, l'un des Titans de la mythologie grecque, il
façonne lui même l'homme avec de l'argile et l'anime avec une parcelle
de feu dérobée aux dieux ; Mythe de Frankenstein : mythes
de la dépossession : la créature échappe à son créateur). Du
19e siècle à nos jours, deux modernités s'expriment, la seconde contredit
la première et en même temps l'achève.
1e proposition :
Les « lumières » : la nature est mauvaise, hostile
(tremblement de terre de Lisbonne 1755) ; sa maîtrise , et possible
par la sciences. Le cadre de cette maîtrise c'est l'Etat nation, qui
confère au citoyen un statut de personnes, d'individus agissant (contrairement
à l'AR) et associe étroitement sciences et démocratie. Produire et
partager les richesses devient possible , ce qui génère( au delà de
la pensée économique) un certain état social : le passage d'une
société aristocratique ( Tocqueville) à une société méritocratique
n'entraîne pas une moyennisation, mais une société industrielle « tendue »
parce que cloisonnée et en conflit.
2e proposition :
Ce qui est menaçant, ce n'est plus la nature mais les sciences
. Le cadre de la démocratie n'est plus la nation : une projection
dans un espace supranational est inévitable (Europe). Le problème
du risque tend à devenir plus fort que celui des inégalités :
nous sommes dans une société ou tout fait peur (OGM, SRAS, vache folle).
Les inégalités « stables », structurant l'espace social
et lui conférant une bonne lisibilité, se brouillent : de nouvelles
fractures se dessinent ( certaines venant de la sciences : fracture
numérique).
La France historiquement marquée par l'empreinte su Saint
Simonisme est particulièrement concernée par cette évolution. Par
ailleurs, Le position ambiguë de la société française vis à vis du
pouvoir est ici fortement réactivée : Dans ce contexte de risque
et de peur, la déception à l'égard de l'intervention publique est
à la mesure des attentes , son impuissance conduit à son illégitimité ;
mais ce contexte est aussi une opportunité qui a ses exigences :
une refondation démocratique sur la base d'une citoyenneté plus engagée
, plus vigilante, plus active bref plus mûre pour contribuer :
à la mise en œuvre d'une société
de solidarité , garante des valeurs de la république
à l'édification d'un économie moderne
et efficace au service de la société.